Paul de Marseul (Niels Arestrup), propriétaire d'un prestigieux vignoble à Saint-Emilion a un fils, Martin (Lorant Deutsch), qui travaille avec lui sur le domaine familial. Fragile, peu sûr de lui, écrasé par la personnalité de Paul, il aimerait pourtant pouvoir faire ses preuves sur le domaine.

Leur indispensable régisseur, François (Patrick Chesnais), vient d'apprendre qu'il est atteint d'un cancer et n'a plus que quelques mois à vivre. Il ne pourra pas assurer les prochaines vendanges.

Paul, vigneron exigeant et passionné, ne supporte pas l'idée qu'un jour son fils puisse lui succéder. Il rêve d'un fils plus talentueux, plus fort, plus brillant. Son fantasme de fils idéal prend corps quand arrive Philippe (Nicolas Bridet), le fils de François, rentré des Etats-Unis au chevet de son père.

Nous avons donc deux pères, deux fils face à face dans une intrigue à la Mauriac, sur un splendide domaine viticole. Peut-on décider délibérément de nier son propre fils et d'en choisir un autre ?

Une bonne histoire, de bons dialogues, d'excellents interprètes, un milieu viticole bien campé, une tension de plus en plus forte et un dénouement qui n'est pas celui que j'imaginais = un très bon moment de cinéma.

Niels Arestrup est plus vrai que nature dans le rôle de ce patriarche odieux, qui n'a de cesse d'humilier son fils depuis toujours et il ira loin dans la cruauté pour le faire partir. Devant le rejet de plus en plus fort de son père, Martin se débat avec maladresse, acharné qu'il est à vouloir exister au moins un peu à ses yeux. Habitué à subir, il est peu réactif jusqu'à ce qu'enfin la colère le déborde.

Si Philippe, le fils du régisseur, se laisse progressivement séduire par la force de persuasion de Paul et ses propositions mirifiques, il n'en est pas de même pour François, François chez qui le mal progresse et qui est lucide sur la manoeuvre qui se trame. C'est un homme droit dans ses bottes qui rappelle à son fils que "chacun sa place" et "qu'il ne fera jamais partie de cette famille-là". On le devine aussi soucieux de la place de Martin, on peut imaginer que celui-ci a trouvé dans la famille du régisseur une affection qu'il n'a pas eu chez lui.

Et puis au terme de sa vie, François peut-il regarder sans broncher son fils changer de père alors qu'il n'est pas encore mort ? Patrick Chenais est comme d'habitude excellent, subtil et plus que crédible.

C'est une histoire d'homme, les femmes, celle de Martin (Anne Marivin) et celle de François (Valérie Mairesse), sont impuissantes et ne pourront pas arrêter l'enchaînement des évènements.

Pour ajouter encore au plaisir, la musique d'Armand Amar accompagne sans envahir. Une pensée particulière pour Bashung et "ses mots bleus" sur le générique, il me manque celui-là.

A noter que le scénario est de Gilles Legrand et Delphine le Vigan.

La semaine dernière, j'étais fâchée avec le cinéma français à cause "d'impardonnables" d'André Téchiné, très oubliable. Me voilà rassérénée, il y a encore des films de qualité chez nous.

Réalisateur : Gilles Legrand

AA