mille jours à venise"Et pourquoi n'irais-je pas vivre au bord de la lagune de Venise avec un bel étranger aux yeux couleur myrtille ?"

Marlena est une critique gastronomique et chef reconnue aux Etats-Unis, lorsqu'au cours d'un séjour à Venise elle rencontre le beau Fernando, mélange de Peter Sellers et Rudolph Valentino.

A 45 ans, elle quitte en quelques semaines une jolie maison, un charmant restaurant, ses amis et ses enfants pour venir vivre avec lui à Venise.

Voilà un récit qui peut plaire à trois catégories de lectrices :

- les grandes romantiques qui adorent les belles histoires d'amour.

- les amoureuses de Venise et je sais qu'il y en a beaucoup chez les blogueuses.

- les cuisinières émérites et les simples gourmandes, les descriptions culinaires sont scandaleusement allécheantes.

Rien ne vous empêche d'ailleurs de vous situer dans les trois catégories en même temps !

Je craignais d'être embarquée dans une histoire assez sirupeuse et loin des réalités, ce qui n'est pas le cas. La belle histoire d'amour n'est pas exempte de couacs, il n'est pas facile à vivre le beau Fernando. Marlena qui a tout quitté pour lui doit faire l'effort de s'adapter à la ville, à une autre langue, à un environnement très différent du sien, pendant que Fernando reste lui dans son univers de toujours, immobile et rétif aux changements, en tout cas dans un premier temps.

Bien sûr, c'est très américain dans le ton, résolument optimiste, on positive, on positive .. mais c'est bourré de charme. J'ai aimé ce livre tout en ne connaissant pas Venise (une journée çà ne compte pas), j'imagine que ce doit être un régal décuplé lorsque l'on connaît les lieux. Marlena veut découvrir intimement celle qu'elle appelle "la vieille princesse".

"Quand il fait trop froid pour rester dehors toute la journée, je vais dans les îles, à Mazzorbo, à Burano, ou à San Lazzaro où j'aime passer du temps à la Bibliothèque arménienne. Là, je ne lis pas, mon plaisir est de me savoir entourée des vieux manuscrits du théologien Pierre Mechithar et des moines qui vont et viennent sans bruit. Je laisse vagabonder mes pensées et parfois j'ai l'impression d'avoir toujours vécu ici. Je réfléchis à mes lectures, à ce que j'ai compris et à ce que je n'ai pas compris. A la tristesse qui est un peu la marque de Venise, à cette atmosphère de demi-deuil qui lui va si bien. Et puis j'ai l'impression de la voir sans masque, d'un seul coup, le visage nu et souriant. Et je me dis qu'elle a précisément réussi à m'ôter mon masque à moi, cette mélancolie si ancienne devenue comme ma seconde peau".

Marlena a suffisamment d'énergie et de volonté pour trouver ses marques peu à peu. Malgré les mouvements d'humeur de son Vénitien chéri, elle se remet à la cuisine avec un plaisir fou et communicatif. Le happy end n'est pas vraiment celui attendu, il a réussi à me surprendre et je ne vous en dirai rien.

Pour les plus "fleur bleue" d'entre nous, un dernier extrait sur le jour du mariage :

"Cesana nous fait nous arrêter à San Giorgio pour quelques photos de plus et, en descendant, Fernando trébuche et trempe une de ses jambes dans l'eau jusqu'au genou. Après quoi, nous repartons en direction de l'hôtel Bauer qui a réservé une gondole pour nous. Nous y montons, et aux terrasses des grands hôtels, on nous acclame. J'ai l'impression d'être sur un nuage, ou à l'intérieur d'un tableau - il y a des tâches de soleil sur l'eau, les façades des vieux palais penchées vers nous, un extraordinaire sentiment de paix. Une paix de j'aimerais partager avec tous ceux qui, un jour, se sont sentis très seuls".

C'est écrit comme un roman, mais c'est une histoire vraie. Une lecture idéale pour l'été, les vacances sur la plage ou mieux encore à Venise bien sûr. Et j'ai oublié de vous dire que l'auteur a eu la bonne idée de donner en fin de récit quelques unes de ses recettes italiennes préférées.

Le billet de Brigitte Namour

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Marlena de Blasi - Mille jours à Venise - 292 pages
Folio - 2011