AAA"Ne t'égare pas dans la mélancolie ... souviens-toi du bonheur. Un jour, tu sauras toi aussi consigner les minutes heureuses".

Certaines blogueuses m'avaient prédit un moment de lecture éblouissant avec ce petit recueil, qu'elles en soient remerciées, elles avaient entièrement raison. C'est un pur régal.

Je me sens rarement en osmose à ce point-là avec les propos et l'écriture d'un auteur. Si j'avais eu le moindre début de talent de plume, j'aurais aimé qu'il ressemble à celui-ci.

Le livre est constitué d'une succession de scènes du quotidien et de réflexions sur le monde dans lequel nous vivons, avec pour fil conducteur retrouver les minutes heureuses dans le fatras des mauvaises nouvelles et des catastrophes que nous ingurgitons tous les jours bien malgré nous.

Le titre des chapitres peut vous donner une idée des sujets abordés :

- volupté de se rendormir après une nuit d'insomnie

- une jacinthe bleue l'hiver

- suspendre le linge dehors

- l'eau du matin etc ...

"Sous l'eau qu'on reçoit comme une cascade, on ferme les yeux. Fermer les yeux c'est rendre grâce. On sourit à l'idée de l'amour qu'il faudra ranimer tout au long de la journée comme un feu toujours prêt à s'éteindre. Et puisqu'on est seule et qu'on ne peut pas vous entendre, on soupire. Parfois viennent les larmes. On se le permet, car on sait que l'eau en effacera les traces. Personne ne vous demandera rien. On a développé une grande maîtrise dans l'art de ne laisser paraître aucun désarroi sur son visage."

Le livre s'ouvre sur un hommage fort émouvant à André Hardellet, ami de l'auteur, qui m'a donné très envie d'en savoir plus sur l'homme. Une certaine mélancolie plane sur l'ensemble, quelquefois la vacuité de l'entreprise domine, pourquoi rechercher les minutes heureuses devant l'ampleur des malheurs de la planète. Et puis un mouvement repart dans le bon sens avec un très beau final sur un coeur qui repart tout neuf.

C'est difficile de parler d'une telle merveille, croyez moi sur parole et lisez-le si ce n'est déjà fait. Emprunté à la bibliothèque il va rejoindre obligatoirement mes étagères pour relecture régulière.

"Il faut déjà être au printemps. Comme pour une recette, je dirai : choisissez un jour d'avril encore un peu froid. Il vous faut aussi quelques rafales de vent chassant par à-coups les nuages afin qu'apparaisse le soleil dans un ciel aussi bleu que sur les glaciers. Au travers d'un châle de laine qu'on aura jeté sur ses épaules, rien ne semblera plus doux que ces premiers rayons sur une nuque un peu raidie par l'hiver. Ayez au moins trois cordes à linge et de bonnes pinces. Un grand panier et bien sûr un enfant qui vous accompagne. Un enfant des villes peut-être, qui n'a jamais vu suspendre du linge au dehors, en plein vent, en plein champ".

L'avis de Anne - Cathulu - Florinette - Saxaoul - Véro 

Françoise Lefèvre - Consigne des minutes heureuses - 169 pages
Editions du Rocher - 1998