AAIl a suffit d'un court billet de Sylire signalant la sortie poche d'un "petit bijou" pour me convaincre de l'acheter et je la remercie vraiment, je serais passée à côté d'une histoire simple et lumineuse.

Simple par l'écriture, l'histoire est racontée par un petit garçon "l'enfant avait un petit nom, sec et vif comme l'éclat du silex. Tom, facile à retenir. Plus facile encore à prononcer. Tom ! où es-tu Tom ? où files-tu Tom ?" Il est aveugle de naissance, élevé par son papa, Juan, le propriétaire de la boucherie. Il n'a jamais connu sa maman, morte en le mettant au monde.

Tom décrit la vie au village, la bonne humeur permanente du boucher, la bonhomie de Chico le coiffeur, et puis la gentillesse et le dévouement de Dolorès, l'institutrice "Tom était son préféré. L'espièglerie du gamin l'attendrissait. Elle le prenait à part certains dimanches, pour lui faire la lecture. Ces séances étaient prétexte à digressions : elle bavardait longuement avec l'enfant. Il lui parlait des chiens du terrain vague, du voleur de saucisses. Et surtout il lui parlait de son père, le boucher Juan".

C'est que Tom aimerait bien retrouver une maman et Dolorès lui conviendrait. Il y croit dur comme fer "car Tom a un secret", mais chut .. ce n'est pas gagné, Dolorès est nourrie de littérature et ce n'est pas sous les traits de Juan qu'elle s'imagine l'amour "mais le boucher était rustaud également, mal dégrossi à ses heures. Non qu'il lui parut frustre, mais il était indéniable qu'il manquait un peu de lyrisme à ses yeux".

Seulement voilà, nous sommes au Chili, sous le régime de Pinochet, et insensiblement le climat se transforme. des hommes circulent en voitures noires, les disparitions commencent. Juan et ses amis, réunis en grand secret décident de coller des affiches de protestation.

Le grand art de l'auteur est de nous faire sentir de manière impalpable la montée de la peur, la perte de la joie, la violence qui s'installe dans le quotidien et qui broie tout sur son passage. Le récit garde malgré tout jusqu'au bout la beauté d'un conte tendre et cruel à la fois.

A lire absolument.

L'avis d'Ankya Clara Cynthia Moustafette Sylire

Gaetano Bolan - La boucherie des amants - 91 pages
Livre de poche - 2011