AACora est une vieille dame de quatre-vingt-deux ans qui ne décolère pas. Ses trois enfants l'ont collée en maison de retraite et elle n'apprécie pas du tout d'avoir dû quitter son chez-elle et sa chienne Lulu. Il faut dire qu'elle y avait mis du sien : obèse, boulimique, bourrée de petites pilules depuis des années, fumeuse invétérée, elle se mettait elle-même en danger.

Cora s'exprime dans un langage direct et imagé, ce qui donne lieu à des scènes hilarantes sur ce qu'elle voit autour d'elle, ce qui n'empêche pas de distinguer derrière cette grossièreté de façade le désespoir qui la mine. Et puis il s'en passe des choses pas nettes dans cet endroit, des objets disparaissent, de l'argent aussi et le cristal auquel Cora tenait tant.

Dans le brouillard qui est le sien, deux évènements vont la tirer de sa misère. Sa petite-fille lui fait cadeau d'un cahier, et à sa grande surprise elle va prendre plaisir à y écrire l'histoire de sa vie. C'est ainsi que nous allons faire connaissance avec Cora, jeune fille et apprendre comment sa vie a dérapé et pourquoi elle est devenue accro aux anxyolitiques en tout genre.

"J'essaie de comprendre à quel moment je me suis perdue en route. Sans doute vers trente ans. Maintenant que mes idées sont plus claires, je me connais un peu mieux. Les pensées qui me traversent l'esprit sont un phénomène inédit pour moi. Tout comme les choses que je sens, que je vois. J'ai l'impression d'être un bébé qui vient de naître. D'ailleurs, çà me flanque la frousse".

Et puis surtout, elle va tomber amoureuse du beau Vitus, pensionnaire comme elle de ce lieu détesté. Elle va se reprendre en main, maigrir, marcher et faire des projets. Vitus est-il digne de cet amour ? C'est une autre histoire mais peu importe, Cora retrouve goût à la vie avec une énergie réjouissante.

Au début, Cora m'a paru plutôt geignarde, mais très vite cette impression s'est effacée au fur et à mesure qu'elle raconte sa jeunesse, le secret qui l'étouffe et le gros chagrin qu'elle n'a jamais pu surmonter. Il y a dans ce roman un mélange de drôlerie et d'émotion très réussi et qui montre que même à quatre-vingt-deux ans l'avenir est ouvert et qu'il n'y a aucune raison de se résigner. A la fin, Cora a des phrases magnifiques pour s'adresser à la jeune fille qu'elle a été.

Un dernier extrait pour vous donner une idée du style : "Vous avez déjà remarqué ces réclames dans les magazines ? Avant, après ? On vous montre les photos d'une grosse dondon en short avec des cuisses bien grasses, un ventre proéminent et des nichons qui pendent jusqu'aux genoux ? A en juger par ses cheveux, on a l'impression qu'un cyclone est passé par là, et elle a une mine aussi avenante que si son chat venait de se faire écraser. A côté, on voit une petite chose en pantalon moulant, avec un cul pas plus gros qu'une boule de glace, des nénés qui remontent sous son menton et un ventre plus plat qu'une planche à repasser. Celle-là, on ne pourrait pas lui pincer un centimètre de peau. Coiffure et maquillage sont parfaits, et elle sourit d'une oreille à l'autre. Qui ne le ferait pas d'ailleurs, avec cette silhouette ? Impossible de croire que les deux photos représentent la même personne. Eh bien voilà, c'est mon cas."

Un roman hautement recommandable et tonique.

Merci Antigone

L'avis de Armande Clarabel Cynthia Jules

Logo_6

Leslie Larson - Bons baisers de Cora Sledge - 377 pages
Editions 10/18 - 2011