B4"Ce jour-là, avec Finnigan, regardant mes mains vides et inutiles, j'avais pris conscience de quelque chose qui m'avait échappé jusqu'à présent : personne ne m'avait jamais caressé, j'ignorais comment m'y prendre. Je ne pouvais pas me fier au feu de l'action. Jamais je ne serai spontané. J'aurais dû apprendre avant. Désormais, il était trop tard".

Anwell a 20 ans et agonise, terrassé par une mystérieuse maladie. Seul dans une petite chambre blanche, il se remémore les évènements marquants de sa courte vie.

C'était un gamin profondément seul, affligé d'une famille "zinzin" un frère aîné handicapé Vernon, une mère indifférente, souffreteuse, incapable de l'aimer et un père avocat, rigide, intraitable, qui le tabasse et le dresse à coups d'interdictions et de règles plus méchantes les unes que les autres.

"On était entre connaisseurs. A Mulyan, frapper les enfants n'a rien d'exceptionnel. Entre camarades, on compare les blessures de guerre. Mais j'avais conscience que mes parents n'aimeraient pas savoir que je profitais de ma punition pour me faire mousser ; alors j'avais rabattu mon pantalon".

La mort de Vernon a 11 ans va précipiter sa pauvre existence dans le drame permanent. Dans ce contexte, sa rencontre avec Finnigan, apparu un beau jour devant sa barrière va être salvatrice. Finnigan est sauvage, libre, loqueteux, fier, sûr de lui. Il propose un curieux pacte à Anwell, qu'il surnomme "l'ange". Il se chargera de faire le mal à sa place, et lui laissera le bien. Anwell ne va pas tarder à comprendre que Finnigan est sérieux quand les incendies se répandent au village, toujours en réponse aux humiliations subies.

Encore un roman dont il ne faut quasiment rien dire parce que l'on avance en terrain miné. J'ai été prise d'un soupçon dès le début, à partir de là j'ai cherché des indices et il a vraiment fallu arriver à la fin pour les trouver. Mais vous pensez bien que je ne peux pas vous dire la nature du soupçon, je vous donnerais la clé de toute l'histoire et ce serait dommage.

Encore que .. le livre refermé, je me demande ce que j'ai lu exactement. Un certain flou subsiste, que le lecteur peut interpréter comme il veut. J'ai lu çà et là que le roman comportait une part de fantastique, je ne l'ai pas ressenti de cette manière-là. J'ai plutôt eu l'impression d'être entortillée dans les méandres de dérèglements mentaux sérieux.

Est-ce que j'ai aimé cette lecture ? J'ai admiré l'habileté de l'auteur dans la construction de l'histoire, son style, l'excellence qu'elle met à décrire une petite bourgade bruissante de rumeurs, de puritanisme, de vieilles histoires connues de tous, mais l'atmosphère est très pesante, chargée de menaces. On attend en permanence une catastrophe et elle ne manque pas d'arriver. Un peu trop éprouvant pour mes pauvres nerfs.

J'avais préféré "une enfance australienne" tout aussi poignant sur les drames de l'enfance malmenée et pulvérisée, mais dont l'ensemble était plus feutré et plus efficace.

"Il essaye de me poignarder avec son regard tranchant. Je suis pas très inquiet. Je risque pas grand-chose. Il a du mal à respirer. Dans ses poumons, çà siffle, çà gronde. Il est en train de comprendre que, si malade qu'il soit, je n'aurai pas pitié de lui. Il commence à s'enfoncer dans le ciboulot que je suis là parce que çà sent le sapin pour lui. Je ne reculerai pas. Je ne renoncerai pas. Il le savait, mais il l'avait pas encore intégré pour de bon."

L'avis de Cathulu CécileQuoide9 ClaudiaLucia Juliette Mélopée Sylire Véronique

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Sonya Hartnett - Finnigan et moi - 287 pages
J'ai Lu - 2010