AA"Charles Bertin, qui est né en 1919, a rêvé de sa grand-mère, morte depuis un demi-siècle. Au matin, ce rêve lui est apparu comme le signe qu'il fallait sans délai rendre visite à la petite dame en son jardin de Bruges.
Dans la manière d'un tissage aux laines délicates se compose alors, au fil du voyage, un portrait d'une tendresse si sensible et d'une véracité si évidente que nul ne saurait lire ces pages sans aller aussitôt à ses propres souvenirs, ni sans ressentir, à l'exemple de Charles Bertin, l'effroi de revoir si bien sans jamais pouvoir franchir le glacis qu'impose la mort" (présentation de l'éditeur).

Voici un récit délicieux relaté dans une écriture ou l'amour et la joie des moments vécus par l'auteur avec sa grand-mère transpirent à chaque page. Il fait revivre pour nous une exquise vieille dame au caractère à la fois affirmé, imaginatif, rêveur, bienveillant et ayant la capacité de prendre "ses désirs pour des réalités".

"Je ne suis jamais parvenu à savoir qui inspirait l'autre, mais, d'emblée, une manière de complicité amoureuse s'installa entre le génie de la maison et la personnalité de ma grand'mère. Durant les sept ans au cours desquels j'ai passé là-bas la plus grande partie de mes vacances d'été, j'ai été le témoin privilégié de cette osmose".

L'enfant est sous le charme à la fois de la grand'mère et de la maison qui lui paraît un vrai paradis. Au fil des étés, Thérèse-Augustine qui a reporté ses rêves sur lui, entreprend de lui raconter l'histoire de la famille, puis lui fait découvrir Bruges en suivant scrupuleusement un guide. Il y aura aussi une escapade au bord de la mer dont Charles se souviendra avec une vive émotion sa vie durant, l'initiation au dictionnaire, la lecture commune de grands auteurs. Le récit est fait de tous ces moments passés ensemble et qui ont façonné Charles à son insu.

C'est assez difficile de rendre du compte du charme puissant qui émane de ce récit, il est lié en partie à la malicieuse Thérèse-Augustine, au jardin décrit comme un éden et à l'écriture délicate et aimable. Je ne peux que vous conseiller chaudement de vous pencher sur ce petit bijou que vous refermerez avec regret et le coeur au chaud.

"L'enchantement commençait dès l'entrée du clos dans une rue voisine de la chaussée de Ghistelles : la grille ouvrait sur une allée bordée de haies assez hautes que jalonnaient une série d'ogives de verdure bâties sur un treillage dont l'armature avait disparu depuis longtemps sous la végétation. Au fil du temps, les ramures avaient tressé des passerelles de feuillage entre les arcades jusqu'à composer sur une vingtaine de mètres une charmille unique arrondie en berceau. Ce véritable tunnel de feuillée qui serpentait en flânant entre les jardins se divisait en plusieurs sentiers qui conduisaient aux maisons encore invisibles dans la masse des arbres : celle de mes grands-parents était la dernière".

L'avis de Bellesahi Ellcrys Sybilline

Dominique signale ici une version audio, apparemment tout aussi réussie.

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Charles Bertin - La petite dame en son jardin de Bruges - 134 pages
Babel - 2000