A1"Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, début des années cinquante. Une terre jadis arrachée aux Indiens Cherokee, en passe d'être à jamais enlevée à ses habitants : la compagnie d'électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée afin de construire une retenue d'eau, immense lac qui va recouvrir fermes et champs. Pour l'heure, la sécheresse règne, maïs et tabac sèchent sur pied.
Le shérif Alexander est le seul gars du coin à avoir fréquenté l'université, mais à quoi bon, quand il s'agit de retrouver un corps volatilisé ? Car Holland Winchester est mort, sa mère en est sûre, qui ne l'a pas vu revenir à midi, mais a entendu le coup de feu chez le voisin. L'évidence et la conviction n'y font rien : pas de cadavre, pas de meurtre. Sur fond de pays voué à la disparition, ce drame de la jalousie et de la vengeance, noir et intense, prend la forme d'un récit à cinq voix : le shérif, le voisin, sa femme, leur fils et l'adjoint" 4e de couverture
.

Cinq narrateurs. Je pensais avoir affaire à un récit croisé comme il y en a tant, mais non, chaque narrateur prend la parole à son tour et ne revient pas. A chaque changement de narrateur, nous pénétrons un peu plus avant dans la compréhension du drame qui a eu lieu. Ce n'est pas un suspense classique, puisque nous savons assez rapidement qui a tué, l'intérêt du livre réside dans le dévoilement progressif des raisons de chacun et des ressorts psychologiques à l'oeuvre souterrainement.

Au départ il y a un couple, Billy et Amy qui ne peut pas avoir d'enfant et l'obsession qui s'empare de la femme, Amy, à l'idée d'en avoir absolument un. La solution qu'elle finira par trouver ne peut que déclencher une cascade de catastrophes qui ne manqueront pas d'arriver.

L'ambiance est lourde, la chaleur écrasante dans cette petite vallée vouée à la disparition. Tout le charme vénéneux du roman est là : la description d'une bourgade sur une terre qui a été spoliée aux indiens et va être confisquée à ses habitants actuels, des gens simples, près de la terre, aux vieilles croyances encore vives, et qui seront réduits à se retrouver en usine, aux périphéries des villes.

L'histoire se déroule sur dix-huit années, au terme desquelles le dénouement révèlera  toutes les subtilités du drame et résoudra les problèmes un peu trop providentiellement peut-être. Ce sera ma seule (légère) restriction à ce roman âpre et prenant. Mention spéciale à un shérif de plus, très attachant, fatigué, désabusé, mal marié !

"Les yeux peuvent mentir, mais au bout du compte ils vous diront la vérité. Quand Billy a répondu non, il a jeté un coup d'oeil à sa main droite qu'il tenait fermée. Je savais ce que cela signifiait pour en avoir vu plus d'un réagir de la même façon dans la même situation. Cette main droite avait servi à sortir de son champ des cailloux gros comme des pastèques. Elle avait servi à abattre des chênes dont on ne faisait pas le tour avec les bras. Et peut-être, simplement peut-être, cette main avait-elle servi à tenir un fusil avec assez d'assurance pour tuer un homme".

L'avis de Brize Kathel Mathilde Papillon Zarline, d'autres avis chez B.O.B.

Ron Rash - Un pied au paradis - 262 pages
Editions du Masque - 2009