AA"Est-ce que je n'ai pas eu la chance de vivre au grand vent ? Mon coeur me parlait et je l'entendais. Je le laissais chanter sa chanson, je me fiais à moi-même et j'avais foi dans le monde, car pourquoi n'aurions-nous pas foi en lui ? Puisqu'une petite graine peut devenir un arbre avec le temps, et que les oiseaux se rappellent où sont leurs vieux nids, et qu'une jument comprend nord-ouest et va, et que la lune fait monter et descendre les flots argentés de la mer, est-ce que çà ne mérite pas notre foi ?".

Corrag est enfermée dans un cachot sombre, humide et puant. Dès que la neige aura fondu, elle sera brûlée comme sorcière. Comment en est-elle arrivée là ? C'est le récit qu'elle va faire au Révérend Charles Leslie, venue lui rendre visite pour avoir son témoignage sur le massacre qui a eu lieu à Glencoe.

Nous sommes en Ecosse, au 17e siècle. C'est Guillaume d'Orange qui occupe le trône et le clan qui a été attaqué était partisan de Jacques 1er, exilé en France. Le Révérend Leslie est lui-même jocobite et cherche à étayer sa cause en démontrant que Guillaume d'Orange est derrière ce crime. Il viendra donc tous les jours recueillir le récit de Corrag dans son cachot.

Convaincu au début d'avoir affaire à une créature du diable, méfiant, dégoûté par son apparence, il va peu à peu se laisser captiver par l'histoire qu'elle lui raconte en remontant à sa naissance, en Angleterre.

C'est un roman à la fois terrible et merveilleux. Terrible parce qu'il y est question des violences faites de tout temps aux femmes trop libres, trop fières, trop indépendantes. Merveilleux par l'écriture très poétique et le rapport à la nature de Corrag, sa connaissance des plantes, de toutes les formes de vie et de sa conception de l'amour.

Jour après jour, notre coeur se serre en même temps que celui du Révérend à l'idée du sort injuste qui attend la jeune fille. Mais n'a-t'on pas réservé également des morts atroces à sa mère et à sa grand-mère sur la même accusation de sorcellerie. Enfermée dans l'obscurité, le froid et la solitude, elle fait revivre devant Charles Leslie le passé fait de solitude, de malheurs, mais aussi de profonde communion avec la nature et les éléments, et puis son amour pour Alasdair, l'homme inaccessible.

C'est un pur plaisir de suivre Corrag dans ses errances sauvages, sa description de la lande, de tous les êtres vivants, humains, animaux, végétaux. Avec elle tout s'anime, tout vit, tout a un sens. Nous voyons la perception du Révérend Leslie évoluer progressivement à travers les lettres qu'il écrit à sa femme bien-aimée dont il supporte mal d'être éloigné.

Corrag puise du réconfort dans les visites de Charles et Charles est amené à se poser des questions de plus en plus dérangeantes sur ses propres comportements d'homme d'église, face à cette jeune fille qui laisse seulement parler son coeur en toute circonstance.

C'est une histoire forte, bouleversante, lyrique, dont je suis ressortie enchantée, je ne l'oublierai pas de sitôt la petite Corrag ..

"Voilà que je larmoie. Mais çà m'est permis un petit peu je crois. Etre brûlée vive ... je n'ai jamais brûlé la moindre créature vivante, et jamais je ne le voudrais, même si je détestais sa nature ou ce qu'elle aurait fait. Jamais. Comment des êtres vivants peuvent-ils brûler des êtres vivants ? Qu'y a-t'il en eux qui ne ressent rien pour qu'ils disent brûlez-là, et puis tournent les talons avant que l'odeur de brûlé imprègne leur perruque ? Je ne l'ai jamais compris. Mais je ne suis pas pareille à la plupart des gens".

Un grand merci à Liliba

L'avis de Cathulu Chiffonnette Clara George Hélène Papillon Yspaddaden

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Susan Fletcher - Un bûcher sous la neige - 390 pages
Editions Plon - 2010