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Le goût des livres
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6 novembre 2010

Numero six

aa4"J'envie mes aînés parce qu'ils forment une famille dont tu es le père. Moi, je suis une sorte de regard extérieur, une invitée arrivée en retard. Je les envie mais je ne suis pas jalouse. Je ne les trouve pas assez séduisants pour cela - sauf peut-être Marie, Marie qui ose ne pas être d'accord avec toi".

Fanny est la sixième enfant d'une fratrie. Née dix ans après l'avant-dernier on ne l'attendait plus. On l'a acceptée parce que dans ce milieu-là, catholique et réactionnaire, on prend ce que Dieu nous envoie, mais elle se sent transparente et inexistante.

Surtout aux yeux du père, tant admiré et tant aimé, l'homme de sa vie, au point qu'elle restera prisonnière de l'enfance et vouera sa vie d'adulte à quémander un signe d'amour de lui. Possessive et exclusive elle l'a enfin à sa merci dans sa vieillesse, il a 100 ans et elle 50, elle est la seule à s'occuper de lui dans sa maison de retraite. Mais la voit-il pour autant ?

Atmosphère étouffante et pernicieuse. Famille bien-pensante cachant des attitudes et des sentiments étriqués, le tout dominé par le père médecin, à l'autorité sans partage. Au fond, un couple amoureux avant d'être un couple parental. Fanny restée seule après le départ des aînés en fera la triste expérience.

"Que craignais-tu pour nous ? Nous étions ton petit peuple, ton public soumis, mais on vous a sûrement empêchés de vous aimer comme vous l'auriez voulu, maman et toi. Trop de monde entre elle et toi, trop de témoins. Mais en apparence, tout allait bien. Nous étions l'exemple de la famille unie, heureuse et catholique".

Le seul moment où le récit se fait un peu plus tendre, c'est lorsque Fanny s'approprie les lettres que son père, jeune poilu, envoyait à ses parents en signant "votre petit Louis". Fanny découvre un tout autre homme, peut-être celui qu'elle cherche en vain à toucher.

Fanny n'est pas dupe. Elle sait qu'elle a gâché sa vie, obsédée par l'idée d'être enfin reconnue. "On ne se remet pas de son enfance. Quand je suis rentrée chez moi, j'ai été prise d'une violente migraine ophtalmique. Je n'y voyais plus, je me suis couchée dans le noir, comme toi avec tes migraines de soldat, comme toi, la veille de fêter tes cent ans".

Deuxième lecture de Véronique Olmi et même phénomène qu'avec "bord de mer". J'ai ouvert le livre et je ne l'ai plus lâché jusqu'à la fin. L'écriture de l'auteure, précise, fluide, impitoyable entraîne inéluctablement jusqu'au dénouement. L'observation fine des personnages donne l'impression d'être au coeur de la famille et dans ce cas précis c'est assez étouffant.

Une lecture captivante.

L'avis d'Amanda Chiffonnette Clara Gambadou Liliba Voyelle

PAL :  - 7           Objectif_PAL

Véronique Olmi - Numéro six - 104 pages
Babel - 2004

Commentaires
A
@ Karine : tu verras bien ce que le hasard te mettra dans les mains :-))<br /> <br /> @ Voyelle : j'ai retrouvé ton billet. Il y a dans les histoires de Véronique Olmi quelque chose d'inéluctable et on sait qu'elle ne nous fera grâce de rien.
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V
comme tu le sais, j'ai adoré également !!! j'aime bien ton impitoyable dans ton avis ;)
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K
Je n'ai jamais lu l'auteure mais je suis tentée. J'en ai entendu beaucoup de bien. Je ne sais pas si j'irai avec ce roman-ci mais bon, on ne sait jamais, avec moi!
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A
@ Katymini : des billets à venir alors .. et de bons moments de lecture.
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L
Un de ceux que je n'ai pas encore lus de l'auteur... Je serais très tentée aussi par "la promenade des russes"
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