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"Le professeur lisait la note la plus importante, celle qui était accrochée à l'endroit le plus visible, celle qui entrait dans son champ de vision lorsqu'il passait sa veste, même s'il ne le voulait pas.

- Ma mémoire ne dure que 80 minutes -

Je me suis assise au bord du lit. Je ne voyais pas ce que j'aurais pu faire de plus. La faute que j'avais commise n'était pas élémentaire, mais fatale. Chaque matin lorsque, réveillé, il s'habillait, le professeur se voyait annoncer la maladie dont il souffrait grâce à la note qu'il avait lui-même écrite. Il se rendait compte que le rêve qu'il avait fait un peu plus tôt n'était pas celui de la veille, mais de la dernière nuit d'un lointain passé où il avait encore de la mémoire. Il était terrassé en apprenant que son moi de la veille était tombé dans un gouffre de temps dont il ne remonterait jamais."

Trois personnages dans ce roman lumineux : le professeur, un ancien mathématicien âgé d'une soixantaine d'années, l'aide-ménagère embauchée pour l'assister dans son quotidien, et le fils de celle-ci, Root (racine carrée), dix ans.

Le professeur a perdu la mémoire suite à un accident de voiture. Elle s'efface toutes les quatre vingt minutes. Par contre, il n'a rien oublié de la période qui a précédé l'accident, en 1975. L'aide-ménagère doit se présenter à nouveau tous les matins, le professeur ne sait plus qui elle est et les premières questions qu'il lui pose ont trait aux chiffres, sa grande passion, qu'il va faire partager à la jeune femme. Sa deuxième passion est le base-ball et celle-là il va la partager avec Root, le jeune garçon qui accompagne de plus en plus souvent sa mère chez le professeur.

Je suis définitivement allergique aux chiffres, indifférente à tous les sports qui se terminent par "all", mais qu'est-ce que j'ai aimé cette histoire. Ce qui en est le coeur, c'est la relation qui se tisse entre ces trois-là et elle est belle. L'aide-ménagère s'adapte à la particularité du professeur avec beaucoup de patience et d'ingéniosité, elle fait tout pour lui faciliter la vie et amène son fils le plus souvent possible, ayant remarqué que le vieil homme est transformé en présence des enfants.

L'aide-ménagère, mère célibataire, mène une vie plutôt solitaire avec son fils et elle consacre énormément de temps au professeur, qui lui révèle jour après jour la beauté des chiffres. Il passe son temps à résoudre des problèmes de mathématiques pour divers journaux, négligeant à peu près tout le reste. Une belle-soeur veille sur lui dans l'ombre et nous apprendrons peu à peu le rôle qu'elle a joué dans la vie du professeur.

C'est un roman tout en délicatesse et en nuances qui montre que diverses générations peuvent beaucoup s'apporter mutuellement, dans l'harmonie et le respect.

Je voulais lire Yoko Ogawa depuis longtemps, voilà qui est fait grâce à Pimprenelle et à sa découverte mensuelle d'un auteur. Et ce titre va s'inclure dans le challenge de Choco et l'objectif Pal d'Antigone !

L'avis de Amanda Brize Chiffonnette In Cold Blog Kathel Keisha La Sardine Manu Nanne Papillon Stéphie Sybilline Tania

Objectif Pal :  -3    Objectif_PAL                       challenge_In_the_mood_for_Japan

Yoko Ogawa - La formule préférée du professeur - 245 pages
Babel - 2008