untitledLe récit se déroule sur cinq jours, le temps qui s'écoule entre la mort et les funérailles du père de Sophie dans la Bretagne profonde. "Tu es mort, enfin." Cri du coeur d'une fille maltraitée par ce père depuis toujours. Pas de coups dans cette famille, mais une violence verbale permanente, des hurlements, des crises, des menaces, une tension constante.

Ces cinq jours vont être pour la narratrice l'occasion de faire le point sur la relation, ou l'absence de relation, qu'elle entretenait avec le défunt, "mort pour elle depuis longtemps".

Je reste un peu sur ma faim avec ce premier roman, pourtant percutant. De nombreuses anecdotes permettent de se faire une idée précise du climat familial, invivable pour les trois enfants, Isa, Eric et Sophie. Heureusement, ils se montrent solidaires, y compris à l'âge adulte et lucides sur l'état de leur père "complètement cinglé".

La situation va s'aggraver lorsque cet homme, tyran domestique voulant tout le monde à sa botte, licencié plusieurs fois pour incompatiblité d'humeur avec ses patrons, va être atteint très précocement de la maladie de Parkinson. Et la mère ? Décrite comme douce, aimante, dévouée, elle sera cependant incapable de protéger ses enfants de la folie paternelle.

Les conséquences pour Sophie vont être lourdes puisqu'elle évoque trop rapidement une anorexie-boulimie de plusieurs années, un comportement de "Marie couche-toi-là" une jeunesse errante et déboussolée. On ne se débarrasse pas si facilement d'une enfance saccagée et j'aurais aimé que cette partie soit plus développée, tout semble se calmer à partir de la rencontre avec son mari.

Certains passages ne sont pas dénués d'ambiguité, comme si la narratrice malgré tout recherchait encore l'affection de ce père si destructeur. Parler de pardon a-t'il un sens dans ce contexte là ?

Quelques lectrices ont été dérangées par l'insertion dans le récit d'extraits de "la légende de la mort chez les Bretons Armoricains", d'Anatole le Braz. J'ai trouvé au contraire que ce texte avait tout-à-fait sa place dans le livre, je pense que tout cet imaginaire lié à une région et à ses traditions pèse encore lourd sur les esprits. Et s'agissant d'une âme aussi tourmentée que celle de cet homme, ce contrepoint était fort intéressant.

En bref, un premier roman au ton très personnel et prometteur. Ma légère déception est seulement due au fait que je l'aurais aimé plus étoffé et comme le dit si bien la critique de Télérama, c'est un récit que chacun d'entre nous captera avec ses propres antennes et sa propre histoire.

Merci Clara.

Les avis de Cécile Gwenaëlle Mango Sylire

Nelly Alard - Le crieur de nuit - 111 pages
Gallimard - 2010