AA"Assis près du feu, il passait la journée entière sous cette couverture, et, quand je lui avais un jour demandé à quoi il pensait, il avait mis sa main sur mon épaule et m'avait répondu qu'il pensait à ma mère, qui était morte seulement six ans plus tôt, qu'il l'avait beaucoup aimée, que moi aussi je l'aurais aimée, et de ne pas me tracasser à propos de petites pièces qui ne semblaient pas s'emboîter normalement en moi, que c'était parce que je ne l'avais pas connue. Elle était en moi, voilà tout."

J'ai fait enfin connaissance avec ce fameux Julius qui a tant séduit certaines blogueuses. Je m'empresse de dire que c'est un très bon roman, avant d'avouer que je n'ai pas succombé à son charme. Moi, cet homme là, je le croise au coin de sa forêt, il me fait froid dans le dos ..

Julius est un grand solitaire. Il vit depuis toujours dans un chalet, au fond des bois du Maine, d'abord avec son père, puis ensuite absolument seul. Une femme a rompu brièvement cet isolement, Claire. Ce sera elle qui l'incitera à adopter un chien, Hobbes, fidèle compagnon qui restera lui, à ses côtés.

Grâce à son père, Julius est un lecteur raffiné, entouré d'un rempart de 3282 livres dans lesquels il puise au gré de ses états d'âme. Il y a de très belles pages sur le vocabulaire utilisé par Skakespeare. La description de la nature, du long hiver, de la neige, du silence est aussi très réussie. Julius prépare du thé, remet des bûches dans le poële, saisit un livre, s'asseoit dans son fauteuil, les journées s'écoulent tranquillement et la lectrice se laisse bercer.

Jusqu'au jour où l'on tire sur son chien. Cet homme jusque là paisible se transforme alors en tueur en série selon une logique qui m'est restée impénétrable. Ses père et grand-père qui ont dû faire la guerre, n'ont cessé de lui parler de leur dégoût des armes et des dégâts qu'elles font et voilà que lui, saisi par l'esprit de vengeance, s'empare du vieux fusil du grand'père et s'en sert à tout va, aveuglé par le chagrin et la colère.

Tout en admirant le style et la narration du roman, je suis restée extérieure à cette histoire. A partir d'un certain moment, je me suis demandée si Julius avait perdu l'esprit en même temps que son chien ou s'il était déjà sérieusement perturbé avant. Après tout, il n'a pas connu une vie très normale, ni très sociale. La petite phrase de son grand-père citée plus haut m'a mis la puce à l'oreille.

Je ne regrette pas un instant de l'avoir lu, mais ce n'est pas un coup de coeur. Stoney n'est pas à la veille d'être détrôné chez moi.

"Je n'attendais rien et rien n'est arrivé. Une épaisse couche de glace s'est glissée dans mon coeur. Je l'ai sentie s'installer, gripper les soupapes et apaiser le vent qui glissait dans ma carcasse. Je l'ai entendue se plaquer sur mes os, insérant du silence dans les endroits fragiles, dans tout ce qui était brisé. Mon coeur a alors connu la paix du froid. J'ai renoncé à mon ami, et la veillée nocturne s'est terminée : désormais, seul son esprit viendrait me rendre visite."

L'avis de Brize Cathulu Choco Dominique Kathel Katimini Véronique

Gérard Donovan - Julius Winsome - 247 pages
Collection Points - 2010