WWWTassie a vingt ans et quitte sa ferme natale dans le Midwest pour aller à la fac. Elle a vécu jusqu'à présent entre un père luthérien, producteur de pommes de terre assez original, une mère juive neurasthénique et un jeune frère un peu paumé. Elle découvre la ville, la fac, les amis, la fantaisie, la liberté.

Elle se met alors en quête d'un petit boulot et fait la connaissance de Sarah et Edward qui recherche une baby-sitter pour l'enfant qu'ils vont adopter. Rapidement Tassie est fascinée par le couple, surtout Sarah qui tient un restaurant chic et réputé. L'arrivée de Mary-Emma, petite métisse de deux ans, à laquelle elle s'attache très vite va bouleverser sa vie. Dans le même temps elle tombe amoureuse pour la première fois d'un Brésilien qui suit avec elle des cours sur le soufisme.

Il fut un temps où je n'aurais pas raté la sortie d'un Alison Lurie et d'un Lorrie Moore. C'est vous dire le grand plaisir que j'ai eu à retrouver cette dernière qui n'avait rien publié depuis dix ans. La dame n'a rien perdu de son acuité et de sa causticité. J'adore toujours ce mélange d'humour, d'ironie, et en même temps de gravité, de profondeur et de tendresse pour les personnages.

Durant cette année d'apprentissage, la candide Tassie va voir se déchirer le voile des apparences et comprendre qu'elles peuvent dissimuler des abîmes. Elle se heurtera au racisme ordinaire, aux fêlures profondes qui marquent les êtres, aux mensonges entretenus par beaucoup. Ce sera l'année des pertes en tout genre, cruelles et inattendues.

Comme toujours avec Lorrie Moore, l'image de l'Amérique triomphante et avide de réussite est sérieusement écornée. L'envers du décor est nettement plus pitoyable. Malgré les drames épouvantables qu'elle décrit (il y en a un qui m'a fait dresser les cheveux sur la tête) l'histoire est dominée par la fantaisie et un ton d'une drôlerie irrésistible. Un personnage est décrit comme "délicieusement dérangé" ; c'est tout le roman qui l'est ..

Si l'actualité n'est pas le thème principal du roman, elle est cependant bien présente dans les vies ordinaires. Le conflit en Afghanistan y a sa place, les traces du 11 septembre aussi. Et les pratiques liées à l'adoption ont de quoi laisser pantois vues d'ici.

Si vous ne connaissez pas l'auteure, n'hésitez pas, commencez avec celui-ci. Il est à noter que plusieurs recueils de nouvelles ressortent cette année dans la collection "points".

Merci à Cathulu.

Lorrie Moore - La passerelle - 361 pages
Editions de l'Olivier - 2010