Tilla_Durieux_2"Pendant que nous parlions à voix basse, la porte s'ouvrit laissant apparaître, poussé par une garde-malade, un fauteuil roulant dans lequel était assis un vieillard penché en avant avec une casquette sur la tête. La tête se releva, un oeil bleu, intense et brillant, me toisa, tandis que l'autre restait fermé. Ses mains reposaient sur ses genoux, elles étaient toutes tordues. La main gauche tournée vers lui, la droite comme si elle tenait un pinceau. J'étais sidérée - ces mains allaient ... ?

C'est le billet de Nanne qui m'a donné envie de me procurer ce tout petit livre de 24 pages. 12 pages de Catherine Krahmer situant l'actrice et sa place dans l'époque ; 12 pages de Tilla Durieux relatant les séances de pose dans l'atelier de Renoir, Boulevard de Rochechouart à Paris.

L'actrice est alors âgée de 33 ans et est très connue en Allemagne. Elle fait partie de la fameuse troupe théâtrale Max Reinhardt à Berlin et a effectué de nombreuses tournées à l'étranger. Elle est fort élégante et a la réputation d'être la femme la mieux habillée de Berlin.

Le petit texte dont il est question ici est un extrait des mémoires qu'elle écrivit et qui parurent en 1954. Sa vie a été mouvementée, c'était une femme engagée, elle a quitté l'Allemagne en 1933, suite à l'arrestation de son troisième mari, mort en camp de concentration. En exil en Yougoslavie, elle entra dans la résistance aux côtés de partisans.

Mais revenons à l'époque des séances de pose, qui se situe juste avant la guerre de 1914, Renoir est très âgé, les mains complètement déformées par l'arthrose. Le vieux maître ne voulait plus faire de portrait, ce qui ne l'empêche pas de déclarer après avoir terminé celui de Tilla Durieux, qu'il a fait des progrès grâce à elle.

Les séances se déroulent sur deux semaines, Tilla est très intimidée devant le maître, toutefois les échanges s'enchaînent jour après jour, sur des sujets divers.

"Un après-midi il me dit "le tragique, on le comprend toujours de travers. Tant que coulent les larmes, on n'a pas atteint le fond de la douleur, c'est seulement lorsque l'homme peut à nouveau sourire que la douleur, incommensurable, a vraiment pris possession de lui". Stupéfaite, je le regardai ; c'est ce que j'avais toujours senti inconsciemment, et que je m'étais reproché".

Douze pages délicieuses, d'un moment exceptionnel, que je vous invite à découvrir.

Tilla_Durieux

Le billet très complet de Nanne

Tilla Durieux - Séances de pose chez Renoir en 1914 - 24 pages
L'Echoppe - 2009