HypothermieMaria, une femme d'une cinquantaine d'années, est retrouvée pendue dans son chalet d'été, au bord du lac de Thingvellir. La police conclut à un suicide. Karen, la meilleure amie de Maria, vient trouver Erlandur, le commissaire, pour lui faire part de ses doutes et lui remet une cassette reproduisant un entretien récent de Maria avec un médium.

Cette nouvelle enquête est très fortement marquée par une préoccupation semble-t'il répandue chez les Islandais : les fantômes existent-ils ? y a-t'il vraiment une vie après la mort ? Maria était obsédée par ces questions, et encore plus depuis le décès de sa mère, deux ans auparavant. Elle avait une relation très fusionnelle avec elle et ne pouvait se résoudre à sa disparition.

Erlandur se lance dans cette enquête sans raison valable, puisque le suicide est avéré, mais il n'est pas débordé et quelque chose l'intrigue dans l'attitude du mari. De plus Maria a connu un drame très jeune, dans le même chalet, puisqu'elle a vu son père se noyer sous ses yeux lorsqu'elle était enfant. Erlandur poursuit ses investigations discrètement,  sans la moindre autorisation mais il veut comprendre ce qui a poussé Maria au suicide. Parallèlement, il s'obstine à trouver une solution à la disparition de deux jeunes gens, vingt ans auparavant.

Ce roman a une tonalité particulière, due en partie à l'atmosphère un peu irréelle, Maria accorde beaucoup d'importance aux rêves, à la communication possible avec les défunts. La dureté du climat et du paysage islandais a son importance, ainsi que les croyances ancestrales. Même s'il n'y adhère pas, on sent qu'elles trouvent un écho chez Erlandur avec ses propres interrogations sur la disparition de son frère, très présente ici. L'histoire est cette fois-ci complètement centrée sur Erlandur, qui y gagne en épaisseur et en humanité. Il n'est pratiquement pas question de ses collaborateurs, Sigurdur Oli et Elinborg.

Une large part est par contre accordée à ses enfants. Les relations semblent s'apaiser un peu avec eux, Eva Lind entreprend même de faire communiquer ses parents .. sans grand succès. C'est peut-être elle malgré tout qui obligera Erlandur à se défaire de ses vieux démons.

Tous ces fils se croisent et s'entrecroisent, des liens s'approfondissent, des situations sont retournées, des hasards surgissent, jusqu'à l'aboutissement final, assez complexe et déroutant.

Voilà qui ne renouvelle pas vraiment le genre, on est quelquefois au bord de la routine, pourtant j'ai trouvé un je ne sais quoi dans cet opus là qui m'a rappelé "la femme en vert", mon préféré à ce jour. Peut-être la personnalité de Maria, l'empathie de plus en plus grande d'Erlandur vis-à-vis de ses semblables et le fait qu'il ne se raconte pas d'histoire sur lui-même.

A ne pas manquer par les aficionados !

L'avis de Cathulu

Arnaldur Indridason - Hypothermie - 296 pages
Editions Métailié - 2010