Une_fois_deuxSenta rencontre Thomas dans un café. Ils échangent un regard et c'est l'attirance immédiate, foudroyante et réciproque. Ils ont tous deux la quarantaine, lui informaticien, pragmatique, carré, elle fantasque, abonnée aux histoires d'amour qui ne durent pas, pleureuse patentée, s'occupant vaguement dans une galerie d'art.

Seulement voilà, au delà de ce coup de foudre très physique, Thomas n'est pas le genre de Senta et ils ne vont cesser de faire un pas en avant, deux pas en arrière, en laissant mille petits obstacles se dresser entre eux. Senta est la plupart du temps une énigme pour Thomas qui ne sait plus comment réagir face à elle.

"Cà commence bien, pensa-t'il, vraiment génial. Quelle merde ! Ces singeries. Il ouvrit les yeux et fixa le bitume entre ses pieds. Il ne ressentait plus de désir. Dire qu'il lui fallait se lancer dans de tels caprices. Cà marche comme un taille-crayon, avec ces seins, ces fesses, ces jambes et tout, et c'est incapable d'être tout bêtement normale. Franchement, quel début ! Il aurait préféré aller au café le plus proche s'enfiler trois bières d'un coup. Ferais mieux de me mettre devant la télé pour mater un truc moins absurde que çà. "On recommence à zéro". Qu'est ce qu'on doit reprendre depuis le début ? Elle avait déjà tout bousillé".

Je n'ai pas arrêté durant ma lecture d'osciller entre l'agacement et la jubilation. Il y a des passages formidables, des ruptures de ton, des digressions très amusantes, par exemple sur l'art de sangloter ou les programmes informatiques, mais aussi des longueurs où j'ai perdu tout intérêt pour l'histoire. Peut-être aurais-je été plus captivée si je connaissais Berlin, qui est la toile de fond de l'idylle, les deux personnages en arpentent un quartier en permanence. Je t'aime, je t'aime plus, je te veux, je te veux plus .. bon je me suis lassée. Pourtant, il y avait toujours un passage qui me faisait continuer, surtout je pense pour la personnalité de Senta, son grain de folie, sa vision de la vie, même si les femmes qui utilisent les pleurs comme une arme m'exaspèrent.

"Tous les six mois, Senta proclamait avoir rencontré un homme, ce qui, les trois premiers mois, engendrait systématiquement une période d'instabilité, car après l'euphorie des deux premières semaines suivaient inéluctablement deux semaines de désenchantement relayées par une phrase d'approximativement deux mois de désespoir durant laquelle les conversations étaient fastidieuses et versaient au monologue. Durant la période de carence ultérieure de trois mois, avant qu'elle ne rencontre l'homme suivant, elle redevenait normale, juste comme Alina l'aimait. Un tantinet fantasque, mais chaleureuse et, à vrai dire, absolument hilarante".

Au final, ce n'est pas un coup de coeur pour moi, je dirais une lecture intéressante, suffisamment pour que je n'hésite pas à faire une autre tentative avec l'auteure.

L'avis de Cuné

Merci à Antigone et à Cathulu

Iris Hanika - Une fois deux - 277 pages
Les Allusifs - 2009