Le goût des livres

Envie de partager mes lectures, mes sorties, mes balades ...

31 octobre 2009

Mange, prie, aime

Mange_Prie_AimeL'auteur, Elizabeth Gilbert, après un divorce désastreux et une liaison non moins calamiteuse, décide de s'accorder une année sabbatique pour se consacrer à une recherche intérieure spirituelle qui la préoccupe depuis longtemps.

Une arrivée d'argent providentielle lui permet d'envisager un voyage dans l'un des pays suivants : l'Italie, l'Inde ou l'Indonésie (Bali). Ne voulant pas choisir entre ces différentes destinations, elle divise en trois l'année et passera quatre mois dans chacune d'elles.

L'atout majeur de ce récit est l'humour. Elizabeth Gilbert manie l'auto-dérision avec dextérité et bonheur. Elle réussit même à décrire les périodes les plus pénibles de sa vie de manière désopilante, ce qui rend la lecture extrêmement facile et agréable.

Elle arrive dans le premier pays choisi, l'Italie, en miettes, très mal remise de sa liaison, déboussolée. Elle sait seulement qu'elle veut apprendre l'italien, une langue qui l'enchante. Elle vit seule pour la première fois depuis longtemps.

"Je grimpe jusqu'à mon appartement, au quatrième étage, seule. J'entre dans mon minuscule studio, seule. Je ferme la porte derrière moi. Un autre coucher solitaire à Rome. Une autre longue nuit de sommeil devant moi, avec personne ni rien dans mon lit, sinon un tas de guides de conversation et de dictionnaires italiens. Je suis seule, toute seule, complètement seule. En interceptant cette réalité, je lâche mon sac, je tombe à genoux et j'appuie mon front contre le sol. Là, avec ferveur, j'adresse à l'univers une prière de remerciements".

Elle se fait des ami(e)s, apprend laborieusement la langue, et surtout découvre la cuisine italienne. Elle se coule avec facilité dans la vie à Rome et s'attarderait bien là, mais le temps arrive où elle doit partir pour l'Inde, dans un ashram où elle a l'intention d'approfondir sa pratique du yoga et de la méditation.

Le ton change, l'atmosphère aussi. Elle passe de la légèreté et les distractions, à l'ascèse de la prière et du strict minimum. Elle se débat avec son impatience, les douleurs, les ruminations constantes de ses anciennes amours et sa tentation d'y retourner.

"Cela dit, quelle est la bonne heure du jour, ou de la vie, pour rester assise sans bouger et détachée de tout ? Quelle est l'heure où il n'y a pas quelque chose qui bourdonne autour de vous, qui tente de vous distraire et de vous faire sortir de vos gonds ? Aussi ai-je pris une décision, inspirée une fois encore par mon guru, selon laquelle nous sommes tous appelés à devenir les savants de notre propre expérience intérieure. Je me suis dit que j'allais tenter une expérience. Et si pour une fois je m'y collais ?".

Au terme des quatre mois dans l'Ashram, Elizabeth a nettement gagné en calme et en sérénité et ce n'est pas sans une petite appréhension qu'elle part pour Bali, rejoindre un sorcier, sur la vague indication qu'il lui a donnée des années plus tôt, affirmant qu'elle viendrait un jour le rejoindre ..

Après sa relative mise à l'écart du monde en Inde, elle renoue avec une vie sociale à Bali et y découvre une culture qui la séduit et pas seulement la culture .. C'est là qu'elle rencontrera enfin à nouveau l'amour, même si ce n'est pas sous la forme qu'elle l'imaginait. La description de la vie quotidienne sur l'île est très vivante et intéressante, en dépit du fait que c'est dans cette partie que j'ai le plus senti le décalage entre une américaine "nantie" et une population résignée subissant une misère certaine.

Sous une apparence légère, Elizabeth Gilbert pose des questions essentielles et profondes. La sincérité de sa démarche est évidente et fait passer les côtés un peu trop américains à mon goût (prie ardemment et tu obtiendras ce que tu désires, ainsi que quelques relents new-âge ..).

J'ai ouï-dire que le livre va être adapté au cinéma, avec Julia Roberts dans le rôle principal. A suivre ..

L'avis de Abeille Belle de Nuit Géraldine

Objectif_PAL

Elizabeth Gilbert - Mange, Prie, Aime - Calmann-Lévy - 2008

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30 octobre 2009

Reflets

Et dans ce miroir incertain

J'ai vu de merveilleux matins ...

J'ai vu des choses

Pâles comme des souvenirs,

Dans l'eau que ne saurait ternir

Nul vent morose.

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Poème : Renée de Mirmont, mis en mélodie par Gabriel Fauré
Photo : Giverny

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29 octobre 2009

TAG "SI C'ETAIT POSSIBLE, BAH ALORS ..

Les TAG (est-ce que l'on met le pluriel ?) ayant l'air aussi inévitables que les feuilles qui tombent, me voilà embarquée par Mango dans le dernier en date, inventé par Emma (merci Emma).

1) Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature).

George Sand, pour la qualité de son écriture et son franc-parler.

2) Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages .. lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle .. Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (P.S. pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre .. allez soyons fous Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu).

Daniel Craig ? le blond totalement fade ? (je ne vais pas me faire que des amies là !!). Qu'il se débrouille avec sa douleur. Vous m'auriez dit, je ne sais pas moi, au hasard le grand Clint, malgré son âge, je laissais tomber mon bouquin pour voler à son secours..

3) C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (Voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)

Et faut-il vraiment laisser une trace de cette humanité qui aura réussi à s'auto-détruire elle-même ? Après tout je préfère croire que d'autres mondes beaucoup plus avancés et pacifiés que le nôtre n'ont nul besoin de nos petits souvenirs.

4) Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?

Dehors, au soleil et à la chaleur, dans une chaise longue, avec la mer devant moi et le silence tout autour.

5) Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?

Emma Bovary. Désolée, ce n'est pas bien pour une normande qui habite à 20 kilomètres de son fief, mais qu'est-ce qu'elle peut m'énerver celle-là .. et antipathique au possible .. j'ai essayé de relire le roman il y a quelques années, il m'est tombé des mains. Pour me rattraper, j'ai la correspondance Flaubert-Georges Sand qui m'attend dans ma PAL.

6) Sauveriez-vous Voldermort, juste pour avoir une huitième tome ?

Oh non ! il fallait qu'il meure voyons. J'espère seulement que J.K. Rowling va nous concocter une autre série tout aussi passionnante.

7) Jusqu'où êtes-vous allés pour un livre ?

Loin. J'ai dû beaucoup lutter dans ma jeunesse pour d'abord essayer de me procurer des livres, ensuite me cacher pour les lire, n'importe où, n'importe quand. J'ai fait de la résistance dans un monde totalement hostile à la lecture ! J'en ai été réduite à relire entièrement au moins 4 fois la maigre bibliothèque de mon école. Je suis la preuve vivante que si l'on a le goût de la lecture chevillé au corps, rien ne peut nous arrêter.

8) Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur, ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (à part "bonjour").

Encore George Sand. Puis-je venir m'installer à Nohant ? Je sens que j'aurais bien aimé la vie là-bas, elle avait de bonnes fréquentations et un amour de sa campagne qui m'émeut.

9) Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.

Une grande pièce, remplie d'abord de livres, ensuite de vieux fauteuils confortables et dépareillés. Une cheminée, un feu qui flambe, des tapis aux couleurs chaudes, un bon thé à portée de la main et toujours le silence. Des fenêtres donnant sur une campagne genre anglais ..

10) Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards) en pleine deuxième guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?

Aucun. Je pense que son cas était désespéré. Je prendrais une bonne grosse encyclopédie, la plus lourde que je puisse soulever et je l'assommerais de manière définitive, pour éviter tout ce qui a suivi.

Qui n'a pas encore fait ce tag et veut s'en emparer ?

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28 octobre 2009

LA PETITE TROTTEUSE

la_petite_trotteuse

"D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'une seul coup." (4e de couverture)

Dans la série "je lirai tout de cet auteur", voici ma deuxième lecture de Michèle Lesbre. J'ai moins aimé l'histoire que celle du "Canapé Rouge" mais ce qui importe le plus à mes yeux c'est l'écriture, toujours très délicate et élégante.

Dans ce roman, la narratrice a décidé de visite 30 maisons, pas une de plus, pas une de moins. Elle n'a pas l'intention d'en acheter une, le lecteur se rend compte au fil des pages qu'il s'agit surtout de retrouver son père, ce père tant aimé et qui a gardé tout son mystère.

Comme dans "le canapé rouge" j'ai retrouvé le thème de l'errance, du voyage, de la surprise des rencontres imprévues. Ici encore un homme intriguant, une mère et une fille aubergistes, en compagnie d'un chat orange. Rien de spectaculaire chez Michèle Lesbre, une atmosphère prenante et pleine de subtilités qui me fait tourner les pages avec délectation. Au fond, elle pourrait raconter n'importe quelle histoire, je la suivrais ..

"Mon couvert était mis sur une petite table ronde. Une fleur était posée à côté de mon assiette. J'ai eu une soudaine envie de pleurer, comme si je rentrais chez moi après un drame auquel j'aurais fait face toute la journée, et que j'étais désormais dans une solitude extrême dont je ne me sauverais pas. Je connaissais ce sentiment, mais je ne savais plus dans quelles circonstances il était survenu avec la même violence. Sans doute à plusieurs occasions que je préfèrais ignorer."

L'auteur rend très vivante la présence d'une maison, ce qui l'anime, la mémoire des murs et la dernière qu'elle visite lui réserve une histoire d'amour tragique, face à la mer.

Cette quête des origines est pleine de mélancolie, ce n'est pourtant pas le sentiment de tristesse qui l'emporte. Se remet-on jamais de son enfance ? Peut-être qu'au bout de ce périple la narratrice aura accompli un voyage intérieur lui permettant de se libérer du passé.

"Les choses arrivent, les évènements, les anecdotes, les soubresauts des jours. Parfois la vie semble n'être que cela, rien que cela. Elle se faufile entre une multitude d'accidents heureux ou malheureux, de rencontres et de séparations, de détails infimes dont le sens nous échappe le plus souvent. On se demande quand tout va s'organiser enfin, être tangible, évident".

Je compte bien poursuivre ma découverte de Michèle Lesbre bientôt, peut-être avec "sur le sable".

L'avis de Tania et sans doute bien d'autres, n'hésitez pas à me le signaler.

Michèle Lesbre - La petite trotteuse - Sabine Wespeiser - 2005

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27 octobre 2009

FABIENNE VERDIER

Fabienne Verdier fait partie des artistes que j'affectionne particulièrement (voir ici). Certaines d'entre vous ont peut-être lu son livre "passagère du silence" récit très prenant de son apprentissage de la calligraphie en Chine.

Lorsque j'ai vu dans Pariscope qu'elle avait une exposition à Paris, je suis partie légère et réjouie d'avance vers la galerie ... pour apprendre arrivée sur place qu'elle ne commençait que le lendemain. Déception ! Qu'à cela ne tienne, j'y retournerai puisqu'elle dure jusqu'au début du mois de janvier.

Fabienne_Verdier

Une quarantaine d'oeuvres inédites, encre sur toile, pastel à l'huile sur papier réalisées entre 2008 et 2009.

Galerie Jaeger Bucher
5 & 7, rue Saintonge

75003 PARIS

du 23 Octobre 2009 au 9 Janvier 2010

Le site de la galerie  

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26 octobre 2009

L'EGLISE DES PAS PERDUS

Eglise_des_pas_perdusUne fillette blanche, Catherine, une fillette noire Maria, dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. Elles jouent ensemble, ne se quittent pas et se retrouvent souvent dans une église où elles se sont jurées de rester amies pour la vie.

70 ans plus tard, une autre petite fille découvre des ossements humains devant la même église. Catherine et Maria, devenues de vieilles femmes, savent d'où viennent ces ossements et se remémorent les évènement passés.

Les parents de Catherine possédaient une ferme dans le veld. Trompée par son mari, la mère de Catherine repart pour l'Angleterre, emmenant ses enfants. Maria voit partir son amie, persuadée qu'elle reviendra un jour. C'est ce qui finit par arriver, après la mort du père.

Catherine découvre que la ferme paternelle a été vendue à un jeune couple mystérieux, Tom et Isobel. Je n'en dirai pas plus, l'intrigue reposant sur les liens qui unissent le couple à Catherine, à son insu. Elle le découvrira pas à pas, dans la souffrance et l'exaltation, sous le regard de Maria, toujours là et toujours en avance sur ce qui va survenir. Il y a aussi Hendrik, un jeune afrikaner amoureux de Catherine qui s'immisce dans l'histoire de manière indélébile.

Il règne un climat étrange et captivant sur toute cette histoire. Les visions de Maria, la personnalité de Catherine, leur amitié indéfectible rendent le roman très attachant. Les allers et retours constants entre deux époques sont fluides et permettent de remonter peu à peu tous les éléments du mystère. Le thème du livre n'est pas l'apartheid, toutefois il est rendu très perceptible en toile de fond.

Une belle lecture que je recommande sans hésiter.

L'avis de Amanda Brize Cathulu Géraldine Lou Sylire

Rosamund Haden - L'église des pas perdus - Editions Sabine Wespieser - 2006

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25 octobre 2009

PHOTOQUAI

Photoquai est une manifestation créée il y a deux ans. Elle présente les oeuvres de 50 photographes contemporains du monde entier, hors Europe. La direction artistique de cette deuxième biennale a été confiée à Anahita Ghabaian Etehadieh, galeriste iranienne. Des visions du monde plutôt contrastées comme vous pouvez le voir. Soyez indulgents pour les prises de vue, j'ai dû composer avec le soleil, le contrejour, le public et les panneaux. J'ai saisi les clichés qui m'ont le plus attiré l'oeil.

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Une présentation détaillée de Photoquai ici

Vous avez jusqu'au 22 Novembre pour aller admirer ces photos.

BON DIMANCHE.

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24 octobre 2009

L'AUTOMNE EST BIEN LA

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L'automne est bien là

Ce qui me le fit comprendre

C'est l'éternuement.

Buson

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23 octobre 2009

LA COTE 512

AA1"Le jeune flic Célestin Louise, apprécié de ses supérieurs, aurait pu rester à l'arrière où il s'illustrait dans la poursuite des criminels. En novembre 1914 pourtant, le jeune enquêteur à la Brigade criminelle de Paris se retrouve en première ligne à Verdun sous les ordres d'un lieutenant à peine plus âgé que lui. C'est la découverte, sous les bombes, dans les tranchées, de la folie de la guerre avec son rythme macabre d'assauts et de retraites, avec sa barbarie, ses silences improbables, ses rigolades pour tromper la mort. C'est la découverte de l'amitié, de la bravoure et de la peur .. Et puis un jour, au cours d'un assaut, le jeune lieutenant est tué d'une balle dans le dos. Célestin Louise le comprend : cette mort-là n'est pas comme les autres. Un flic reste un flic, même au beau milieu du carnage. L'enquête qui débute par amitié posthume mènera Célestin bien au delà du front." (4e de couverture)

Après mon voyage à Verdun cet été, je cherchais des livres sur les poilus dans les tranchées. Le billet de Cathe m'a donné très envie de lire celui-ci. C'est l'aspect guerre 14-18 qui m'intéressait plus que l'intrigue. Heureusement parce qu'elle n'est pas palpitante et se trouve résolue un peu trop facilement. Par contre, les premiers jours de guerre sont très bien décrits, il me semble que l'auteur a dû s'appuyer sur une solide documentation.

Il est très sympathique ce jeune flic. Au début de l'histoire, nous le voyons à l'affût d'un cambrioleur qu'il piste depuis un moment et qu'il coince habilement .. avant de le relâcher, pressentant que la guerre imminente sera bien assez cruelle à chacun. D'ailleurs, il retrouvera le malfrat dans une position bien pire que la prison.

La mobilisation, les premiers contacts avec ceux qui seront ses compagnons de tranchée, le jeune lieutenant, j'avais presque l'impression d'être dans un reportage, sentiments et émotions en plus. Très vite, les soldats comprennent que la guerre sera longue, féroce et inhumaine et qu'il ne seront pas nombreux à s'en sortir. La boue, la peur, le bruit, l'incurie de la hiérarchie militaire, tout est évoqué et rendu vivant au fur et à mesure que les personnages s'étoffent.

Lorsque le jeune lieutenant se fait tuer "à l'ennemi" d'une balle dans le dos, le côté flic de Célestin reprend le dessus et malgré les multiples obstacles, il va mener à bien son enquête, jusqu'au bout, ce qui permet de s'éloigner du champ de bataille et de saisir l'incompréhension de la population de "l'arrière" bien loin de se rendre compte de ce qui se passe là-bas, à l'est. Et les poilus se taisent, à la fois parce qu'ils n'ont pas les mots pour dire l'horreur quotidienne et pour protéger les leurs, angoissés de les voir repartir.

Les personnages secondaires sont aussi bien campés que Célestin Louise, sa soeur, la famille du lieutenant et une jeune femme rencontrée la veille de son départ et dont le souvenir lui permet de ne pas oublier l'homme, derrière le soldat.

L'ensemble est suffisamment agréable à lire pour que je continue la série, qui comporte je crois cinq volumes, dont trois en poche.

L'avis de Alain Dasola Kathel

Thierry Bourcy - La cote 512 - Folio policier

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21 octobre 2009

LE CERCLE DU KARMA

AAPremier roman qui pourrait s'intituler aussi "la dure vie d'une femme bouthanaise". Tsomo est une petite fille heureuse dans une famille plutôt aisée. Son père est le "gomchen" du village, ce qui veut dire que c'est un homme instruit qui assure les rituels et les cérémonies religieuses. Tsomo est subjuguée en le voyant réciter les prières et faire l'école aux jeunes garçons.

"Père est un copiste méticuleux. Tsomo rêve d'apprendre à lire et à écrire, mais aussi qu'on lui enseigne les pratiques religieuses. - Une fille c'est différent. Tu apprends d'autres choses qui feront de toi une femme accomplie et une bonne épouse. Apprends à cuisiner, à tisser et tout le reste. Une femme n'a nul besoin de savoir lire et écrire - répond Père avec calme, mais fermeté quand elle lui demande de l'instruire".

Tsomo va vite comprendre les limites étroites imposées aux femmes et ravaler ses larmes. Etant la fille aînée, sa mère attend qu'elle la seconde et l'initie à toutes les tâches d'une maison. Le décès de cette mère chérie au cours d'une énième grossesse va complètement bouleverser la vie de Tsomo. Elle perd celle qui lui servait de guide et de modèle et ne sait plus comment réagir aux difficultés qui se présentent.

Il est pratiquement impossible de résumer ce livre foisonnant qui m'a beaucoup appris sur cette région du monde, sa culture, ses traditions, ses changements progressifs. Le pouvoir des hommes est quasi-total sur les femmes qui se contentent de subir. Tsomo se marie, attend un enfant qu'elle perd. Son mari se détourne d'elle et entame une liaison avec sa propre soeur, situation semble-t'il fréquente. Elle ne le supporte pas, se rebelle et malgré son chagrin de quitter ses frères et les lieux de son enfance, elle part à l'aventure, pour une errance qui va la mener jusqu'en Inde.

Elle va connaître des conditions de vie précaires et difficiles, mais la blessure d'amour-propre est trop forte pour qu'elle revienne. Elle va faire des rencontres importantes, se faire des amies, avec toujours au fond d'elle le désir de se consacrer à la religion. Elle va partager à nouveau la vie d'un homme en recherche lui aussi de spiritualité, relation qui se soldera par un nouvel échec.

"Les femmes devraient voir un peu plus loin que le bout de leur nez, justement. Pourquoi s'accusent-elles les unes les autres quand leur mari les trompe ? - Parce qu'elle m'a volé mon mari. Nous savons tous qu'un homme est un homme et qu'il peut faire un faux-pas de temps à autre, mais s'il est marié, une femme doit le savoir et ne pas chercher à le séduire. - Gelong Sherab claqua la langue et hocha tristement la tête, l'air consterné. Tsomo se sentit soudain mal à l'aise. Gênée, parfaitement stupide."

Je me suis demandée à plusieurs reprises si Tsomo était très représentative des femmes bouthanaises, ou particulièrement naïve. Aux abords de la vieillesse, un lama l'ordonnera enfin nonne et elle connaîtra l'apaisement.

J'ai aimé la description minutieuse des conditions de vie de Tsomo, elle est attachante et courageuse, préfigurant une génération de femmes cherchant à se libérer du carcan traditionnel. Je ne connaissais du Bouthan que les magnifiques images de certains documentaires, donnant généralement une vision idyllique du boudhisme. Cette histoire nous plonge dans une réalité beaucoup plus complexe.

J'ai conscience de ne pas rendre assez bien la richesse de cette lecture. Elle demande de l'attention et du temps, j'avais les deux. Ce n'est pas un livre léger, mais il vaut le détour. Et les préoccupations des femmes bouthanaises ne sont pas si étrangères que cela aux nôtres, il y a des sentiments universels.

Un mot sur "le cercle du karma". Résumé (trop) simplement, les évènements funestes qui nous arrivent sont la conséquence d'actions passées où nous avons mal agi, y compris dans nos vies antérieures. Très commode pour inciter les gens à encaisser sans broncher et sans rien changer.

L'auteur, Kunzang Choden, née en 1952, a étudié à l'université de New Dehli ainsi qu'à la Nebraska University aux Etats-Unis. Auteur de quatre ouvrages, elle a travaillé sur la tradition orale et publié de nombreux articles sur la condition de la femme dans son pays tout en participant à des projets internationaux de développement du Bouthan.

Kunzang Choden - Le cercle du karma - Actes Sud - 01/2007

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