la_petite_trotteuse

"D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'une seul coup." (4e de couverture)

Dans la série "je lirai tout de cet auteur", voici ma deuxième lecture de Michèle Lesbre. J'ai moins aimé l'histoire que celle du "Canapé Rouge" mais ce qui importe le plus à mes yeux c'est l'écriture, toujours très délicate et élégante.

Dans ce roman, la narratrice a décidé de visite 30 maisons, pas une de plus, pas une de moins. Elle n'a pas l'intention d'en acheter une, le lecteur se rend compte au fil des pages qu'il s'agit surtout de retrouver son père, ce père tant aimé et qui a gardé tout son mystère.

Comme dans "le canapé rouge" j'ai retrouvé le thème de l'errance, du voyage, de la surprise des rencontres imprévues. Ici encore un homme intriguant, une mère et une fille aubergistes, en compagnie d'un chat orange. Rien de spectaculaire chez Michèle Lesbre, une atmosphère prenante et pleine de subtilités qui me fait tourner les pages avec délectation. Au fond, elle pourrait raconter n'importe quelle histoire, je la suivrais ..

"Mon couvert était mis sur une petite table ronde. Une fleur était posée à côté de mon assiette. J'ai eu une soudaine envie de pleurer, comme si je rentrais chez moi après un drame auquel j'aurais fait face toute la journée, et que j'étais désormais dans une solitude extrême dont je ne me sauverais pas. Je connaissais ce sentiment, mais je ne savais plus dans quelles circonstances il était survenu avec la même violence. Sans doute à plusieurs occasions que je préfèrais ignorer."

L'auteur rend très vivante la présence d'une maison, ce qui l'anime, la mémoire des murs et la dernière qu'elle visite lui réserve une histoire d'amour tragique, face à la mer.

Cette quête des origines est pleine de mélancolie, ce n'est pourtant pas le sentiment de tristesse qui l'emporte. Se remet-on jamais de son enfance ? Peut-être qu'au bout de ce périple la narratrice aura accompli un voyage intérieur lui permettant de se libérer du passé.

"Les choses arrivent, les évènements, les anecdotes, les soubresauts des jours. Parfois la vie semble n'être que cela, rien que cela. Elle se faufile entre une multitude d'accidents heureux ou malheureux, de rencontres et de séparations, de détails infimes dont le sens nous échappe le plus souvent. On se demande quand tout va s'organiser enfin, être tangible, évident".

Je compte bien poursuivre ma découverte de Michèle Lesbre bientôt, peut-être avec "sur le sable".

L'avis de Tania et sans doute bien d'autres, n'hésitez pas à me le signaler.

Michèle Lesbre - La petite trotteuse - Sabine Wespeiser - 2005