31 juillet 2009
J'AI TUE MA MERE
Hubert Minel n'aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la juge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l'obsède de plus en plus, Hubert vogue dans les arcanes d'une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme - rongé par la hargne qu'il éprouve à l'égard d'une femme qu'il aimait pourtant jadis (synopsis)
Voilà un film qui décoiffe et qui ne manque pas d'inventivité ! A souligner d'emblée que l'acteur principal et réalisateur québécois, Xavier Dolan, n'a que 20 ans. Il a un bel avenir devant lui.
Difficile de parler d'un tel film, un huis-clos étouffant entre la mère et le fils et des allers-retours éprouvants dans l'alternance : je t'aime, je te hais. Mais pas que. Il y a aussi des sentiments, des séquences drôles, la découverte de l'amour, la lassitude de l'école .. Hubert aime se filmer en vidéo, sous forme de journal intime.
La mère (Anne Dorval) m'a paru assez froide, elle semble se satisfaire de vivre dans un appartement très sombre et peu attrayant. Elle m'a souvent agacée avec ses réactions limite hystériques, son look ridicule et ses fausses promesses. Chaque fois que son fils fait un effort pour se rapprocher d'elle, elle casse son élan par une dérobade, ce qui relance évidemment les échanges acides.
Heureusement le personnage évolue et laisse passer l'amour qu'elle a pour lui. Elle se lâche même complètement à la fin dans une scène jubilatoire où elle se rebiffe avec violence contre les jugements portés sur sa situation de famille monoparentale.
Les dialogues sont percutants et criants de vérité. Xavier Dolan décrit parfaitement les troubles d'un ado qui veut son autonomie, qui essaie de vivre au mieux son homosexualité tout en la cachant à sa mère.
L'accent canadien ajoute du piquant, même s'il est quelquefois difficile à saisir. Le film est d'ailleurs bizarrement sous-titré, seulement certains passages, je me suis demandée pourquoi.
Je n'ai pas encore fait le tour de toutes les sensations éprouvées, le scénario et la réalisation sont foisonnants, déroutants, brillants. Certaines scènes sont un hommage évident à Wong Kar Waï et Gus Van Sant.
L'interprétation est excellente, le déroulement de l'histoire pourrait sembler décousu, mais le tout est équilibré. A intervalles réguliers apparaissent de magnifiques citations que j'aurais voulu avoir le temps de noter.
Au final, un film qui sort de l'ordinaire et je vous conseille de tenter l'aventure, sauf si vous avez un ado à la maison qui vous pose problème. Vous auriez les nerfs en vrille !
Pascale, très enthousiaste, l'a vu deux fois. Elle en parle ici.
J'ai tué ma mère - Réalisateur Xavier Dolan - Film québécois - 2009
30 juillet 2009
LES JARDINS DU MUSEE DU QUAI BRANLY
"Le jardin est placé sous le signe de la tortue, en hommage aux cosmogonies animistes. Symboliquement, sur l'île de Bali, la tortue porte l'univers ; elle sert de siège aux coupables en pays Dogon ; elle donne sa forme aux campements amazoniens. La tortue, à la lenteur légendaire, peut également signifier la sagesse. Dans le béton teinté des sentiers, on découvre avec surprise des inclusions enrobées dans la résine, d'objets naturels ordinaires, qui deviennent des objets cultes : modestes coquillages, pétales de fleurs, graines, insectes ..."
"En se coupant des références classiques des jardins à la française, les jardins du musée du quai Branly renouent avec le sens de la fête et du jeu, du rêve et de la poésie, du mystère et du mythe. Le jardin suggère plutôt qu'il n'impose. Il invite le visiteur à tracer son propre itinéraire, à inventer son propre paysage en s'échappant vers les ailleurs de l'enfance ou de pays lointains".
"En fait, les cheminements ne conduisent pas à l'entrée du musée, ou si peu. Ils expriment, tout comme les volumes, les perspectives, un regard sur le monde fait d'écoute, de tolérance, d'émerveillement face à l'univers si fragile du vivant. Le jardin n'est pas un accessoire du musée, mais une sorte de conte poétique à usage des citoyens du monde. Une histoire de regard, en somme." (extraits du texte de présentation".
J'aime me promener dans ce jardin aux différentes saisons. Je me suis laissée tenter par cet album après avoir écouté une émission radiophonique où Gilles Clément parlait de la création du jardin, de son évolution, du choix des plantes, le tout en lien avec le musée. Comme d'habitude il était passionnant et son interview était suivie de celle de Fabrice Moireau, aquarelliste que je ne connaissais pas.
J'ai essayé de faire quelques photos présentables pour vous donner une idée de la beauté de son livre, accompagné de commentaires éclairants. Je vais faire un tour là-bas dimanche et porter sûrement un regard différent sur le jardin.
L'émission est toujours écoutable sur le site de France-Culture "carnet nomade" du 12 Juillet.
Fabrice Moireau - Les jardins du musée du quai Branly - Gallimard - 2009
29 juillet 2009
LE CERCLE LITTERAIRE DES AMATEURS D'EPLUCHURES DE PATATES
De deux choses l'une : ou vous être déjà entré(e) dans ce cercle et vous le connaissez aussi bien que moi, ou vous avez lu cinquante fois le résumé, je serai donc brève sur l'histoire.
Juliet cherche une idée pour son prochain roman, elle a connaissance de l'existence du Cercle Littéraire des amateurs d'épluchures de patates et intriguée, décide d'en savoir plus. Nous sommes à Londres, juste après la fin de la guerre et ce cercle se trouve à Guernesey, île qui a été durement occupée par l'armée allemande. Le livre est constitué d'un échange de lettres envoyées ou reçues par Juliet.
J'ai adoré ce livre, il se dégage de chaque page une chaleur humaine réconfortante, je me suis très vite attachée à tous les personnages. Au début, j'ai craint de me perdre un peu dans tous les membres du cercle, mais pas du tout, la succession des lettres se déroule harmonieusement.
J'ai tremblé au fur et à mesure des pages, surtout lorsque j'ai compris quel avait été le destin d'Elisabeth, j'ai beaucoup souri des amours de Juliet et ressenti une énorme tendresse pour les récits croisés d'Amélia, Isola, Dawsey etc ...
L'évocation des évènements les plus dramatiques est tempérée par le ton général du livre, plein d'humour et joyeux. Et j'ai beaucoup appris sur ce qui s'est passé à Guernesey pendant le deuxième guerre mondiale, je l'ignorais complètement.
Je me suis surprise à traîner sur les dernières pages, tellement j'étais frustrée à l'idée de ne plus tous les retrouver les jours suivants.
Je l'ai emprunté ce livre à la bibliothèque. Dès qu'il sort en poche je me l'offre et je l'offre autour de moi.
A classer définitivement en tête de liste des livres qui réconcilient avec le genre humain (certains jours j'en ai besoin).
Les avis sont tellement nombreux que je vous renvoie chez B.O.B.
Des avis plus récents chez Alex Anne Bellesahi Dasola Dominique Ptit Lapin Sylire Véronique
Un avis discordant chez Katell
Mary Ann Shaffer & Annie Barrows - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Nil - Avril 2009
28 juillet 2009
BLOG D'OR
Depuis quelques semaines, les blogs d'or fleurissent et à mon grand étonnement il m'en a été décerné trois.
Le premier par Abeille, le second par Dasola et le troisième par In Cold Blog, entre autres pour mes photos. Il est toujours flatteur de se voir distinguée et c'est avec le plus grand plaisir qu'à mon tour je vais me plier à l'exercice.
Commençons par les formalités, voici le règlement :
* Mettre le blog d'or sur son blog
* Mettre un lien vers le blog qui le lui a transmis
* Offrir cette récompense à un ou plusieurs autres blogs
* Informer les destinataires
* Recopier le règlement
Maintenant, l'étape la moins facile, décerner mes propres blogs d'or. Evidemment j'aurais envie d'en attribuer une kyrielle, mais je vais me limiter à trois.
Tania "Textes et Prétextes". Je connais Tania depuis que j'ai ouvert mon blog et je suis toujours aussi admirative devant la qualité de ses billets, très détaillés et documentés. Qu'elle parle de lectures, d'expositions ou de ses voyages, c'est très vivant et parfaitement illustré. J'aimerais me consacrer aux lectures qui sont les siennes, mais je cède encore trop souvent à la facilité, par paresse ou fatigue.
Florence "la douce et la piquante". Florence est une blogueuse récente. Je me suis tout de suite sentie à l'aise dans son univers doux et coloré, son goût de la nature, ses recettes de cuisine, ses broderies, même si c'est une activité qui m'est étrangère et bien sûr ses belles photos. C'est une musicienne à la culture étendue et grâce à elle, j'enrichis souvent ma LAL ou ma discothèque.
Bel Gazou "dans mon sac de fille". Bel Gazou fait partie des tout premiers blogs que j'ai découverts. Son sac de fille est plein de sensibilité, de poésie, de jolies histoires très bien contées. Depuis quelques semaines, Bel Gazou délaisse son blog, c'est un appel pour qu'elle revienne vite. Tu es unique Bel Gazou !
Pour terminer Dominique "à sauts et à gambades" aurait fait partie de mes blogs d'or, si In Cold Blog ne m'avait pas précédée de peu.
26 juillet 2009
BON DIMANCHE
25 juillet 2009
FOURMIS SANS OMBRE
Ecoutons ces voix qui nous disent que la poésie, même si elle n'est jamais que l'autre nom de l'indicible, ne loge pas au temple que l'on croit : elle suit les chemins vicinaux, dort dans les fossés et chausse les savates de tout le monde. Elle ne cherche rien (puisque chercher est l'un des meilleurs moyens de ne rien trouver), donnant secrètement raison au sage qui nous prévient narquoisement : "quand vous regardez, contentez-vous de regarder. Si vous réfléchissez, vous mettez déjà hors de la cible". (extrait 4e de couverture).
Voici le recueil où je puise le plus souvent les haïku dont je parsème ce blog. C'est une anthologie fort bien faite et très agréable à parcourir. Les haïku sont rassemblés par thèmes, par exemple "moments" "bestioles" "couleurs" "épisodes" etc ..
Maurice Coyaud est un linguiste français spécialiste des langues et des cultures de l'Asie du Sud Est. J'aime particulièrement ses comparaisons entre les haïku japonais et certains auteurs français.
Extrait : Comment ne pas penser aux Histoires naturelles de Jules Renard, aux effets comiques soulignés par Ravel ? Jules Renard fait presque des haïku sans le savoir :
Le corbeau : "l'accent grave sur le sillon"
Le brochet : "immobile à l'ombre d'un saule, c'est le poignard dissimulé au flanc du vieux bandit"
L'escargot : "casanier dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentré, l'escargot bout comme un nez plein"
L'alouette : "elle retombe ivre morte de s'être encore fourrée dans l'ombre du soleil"
Un certain Marc Legrand écrit en 1896 : "Jules Renard est un Japonais, mais il est mieux encore, il est un japonais ému". Dans son journal, J. Renard note simplement "Merci. J'accepte. C'est exact et çà vexera les Chinois".
Un haïku pour terminer :
La barque et le rivage
Bavardent
Longue journée.
Shiki.
Fourmis sans ombre - Le livre du haïku - Maurice Coyaud - Phébus Libretto - 1991
20 juillet 2009
PAUSE
Je pars quelques jours sur les traces d'un de mes ancêtres, mort comme tant d'autres sur les champs de bataille en 1917, du côté de Verdun.
Je mets ce livre là dans ma poche,
Et celui-ci dans mon sac de voyage,
A bientôt ..
19 juillet 2009
BON DIMANCHE
Bouquet d'hortensias ..
Jardin Shamrock - Varengeville sur Mer - le site ici
18 juillet 2009
LITTLE BIRD
Après vingt quatre années au bureau du shérif du comté d'Absaroka, Walt Longmire aspire à terminer sa carrière en paix. Ses espoirs s'envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux années auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d'une jeune indienne, Mélissa Little Bird. Jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd'hui, il semble que quelqu'un cherche à se venger. (4e de couverture).
Premier volume d'une série, ce roman entre dans la catégorie "nature writing polar". C'est dire que nous ne sommes pas dans un thriller au rythme frénétique, mais dans un récit qui prend son temps et où la nature est largement aussi présente que l'intrigue. En l'occurence une nature rude et somptueuse, les Big Horn Moutains, dans le Wyoming.
"des nuages couronnaient les montagnes dont les parois enneigées réfléchissaient le soleil d'un jaune acide dans un des couchers de soleil les plus magnifiques et pervers que j'aie jamais vus. Les cumulus étaient pommelés comme l'arrière-train d'un poulain appaloosa, et la beauté du paysage m'étreignit à la gorge."
J'ai mis du temps à entrer dans l'histoire, mais ensuite j'étais bien accrochée. Les personnages sont très attachants, à commencer par Walt Longmire le Shérif, 120 kilos pour près de deux mètres, pas bien remis de son veuvage. Je me suis tout de même demandée comment il faisait pour résister aux quantités impressionnantes de bières et de café qu'il ingurgite ! L'amitié qui le lie à l'indien Henri Standing Bear (Henri Ours Debout) est un élément fort dans le contexte. Les femmes qui entourent Walt ont toutes l'air d'avoir un faible pour lui : Ruby et Vic ses collègues, et surtout la belle Vonnie qui va peut-être le sortir de son marasme.
L'intrigue n'est pas en reste, elle est très bien ficelée, je dois reconnaître que je n'avais pas anticipé le dénouement. Et j'ai été tout particulièrement captivée, subjuguée par un épisode dans le blizzard et la neige, avec de vieux indiens. Ce passage a lui tout seul justifie que l'on plonge dans le livre.
"les vieux cheyennes étaient avec moi, et je sentais leur force à chacun de mes pas sur la piste, mes bottes s'enfonçant de plus en plus profondément dans la neige. Les tambours résonnaient aussi, en accord parfait avec ma progression, me donnant un rythme aisé, faisant bouger mes jambes. Je me sentais fort, pour la première fois depuis de nombreuses années, peut-être plus fort que jamais".
L'humour est aussi très présent, un humour qui fait passer bien des émotions enfouies. Vous l'avez compris, j'ai été séduite et j'attends la suite avec impatience.
P.S. Stoney, tu n'es pas détrôné !! (clin d'oeil à Cathulu).
L'avis d'Amanda, Brize, Cathulu, Cuné, Emeraude, In Cold Blog
Une interview d'Olivier Gallmeister chez In Cold Blog
Craig Johnson - Little Bird - Editions Gallmeister - 2009
17 juillet 2009
BANCS PUBLICS (Versailles rive droite)
Lucie arrive à son bureau et découvre, accrochée sous une fenêtre de l'immeuble d'en face, une banderole noire avec écrit "homme seul". Est-ce un gag, un cri du coeur, un appel au secours ? Lucie et ses deux collègues s'interrogent et décident de mener leur enquête .. A midi, elles pique-niquent à côté, au Square du Francine. Là, les amoureux graves, les solitaires enjoués, joueurs de tous âges tournent autour du joyeux jet d'eau.
La ronde continue en face, au magasin "Brico Dream" où sous les conseils plus ou moins compétents d'une équipe de vendeurs en sureffectif, les clients calculent, échafaudent, tendus, angoissés, ayant peur de repartir avec des étagères trop courtes, des vis trop longues. A la fin du jour, aurons-nous croisé "l'homme seul" parmi la multitude de ces personnages affairés ?
Impossible de résumer ce film, qui est en fait une succession de petites scènes, certaines très courtes, croquées sur le vif. 86 acteurs à l'affiche et c'est un régal de les voir tous défiler à un moment ou à un autre. L'histoire se déroule sur une journée, si toutefois on peut parler d'histoire. C'est surtout le prétexte de montrer le quotidien de gens ordinaires, confrontés à un non-évènement, qui suffit à perturber le train-train habituel.
C'est gentiment décalé, tendre, lunaire, avec des moments carrément déjantés, un concentré de comportements humains où on reconnaît forcément quelque chose de vécu à un moment ou à un autre. La vie de bureau est remarquablement bien montrée, avec une scène criante de vérité, le pot de départ d'une future retraitée ... à frémir ! J'ai ri aussi en voyant les clients essayer d'exprimer ce qu'ils cherchent dans un magasin de bricolage, un abîme d'incompréhension dans les yeux du vendeur .. Mickaël Lonsdale qui cherche un paillasson n'est pas mal non plus. Et Vincent Elbaz, qui retrouve Nicole Garcia, son ancien prof et .. et .. et .. et tout de même, sachez qu'à la fin de la journée, l'énigme de la banderole est très joliment résolue.
Un excellent moment de détente et de plaisir.
L'avis très enthousiaste de Pascale
Réalisateur : Bruno Podalydès

















































