Ecoutons ces voix qui nous disent que la poésie, même si elle n'est jamais que l'autre nom de l'indicible, ne loge pas au temple que l'on croit : elle suit les chemins vicinaux, dort dans les fossés et chausse les savates de tout le monde. Elle ne cherche rien (puisque chercher est l'un des meilleurs moyens de ne rien trouver), donnant secrètement raison au sage qui nous prévient narquoisement : "quand vous regardez, contentez-vous de regarder. Si vous réfléchissez, vous mettez déjà hors de la cible". (extrait 4e de couverture).

Fourmis_sans_ombre

Voici le recueil où je puise le plus souvent les haïku dont je parsème ce blog. C'est une anthologie fort bien faite et très agréable à parcourir. Les haïku sont rassemblés par thèmes, par exemple "moments" "bestioles" "couleurs" "épisodes" etc ..

Maurice Coyaud est un linguiste français spécialiste des langues et des cultures de l'Asie du Sud Est. J'aime particulièrement ses comparaisons entre les haïku japonais et certains auteurs français.

Extrait : Comment ne pas penser aux Histoires naturelles de Jules Renard, aux effets comiques soulignés par Ravel ? Jules Renard fait presque des haïku sans le savoir :

Le corbeau : "l'accent grave sur le sillon"

Le brochet : "immobile à l'ombre d'un saule, c'est le poignard dissimulé au flanc du vieux bandit"

L'escargot : "casanier dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentré, l'escargot bout comme un nez plein"

L'alouette : "elle retombe ivre morte de s'être encore fourrée dans l'ombre du soleil"

Un certain Marc Legrand écrit en 1896 : "Jules Renard est un Japonais, mais il est mieux encore, il est un japonais ému". Dans son journal, J. Renard note simplement "Merci. J'accepte. C'est exact et çà vexera les Chinois".

Un haïku pour terminer :

La barque et le rivage

Bavardent

Longue journée.

Shiki.

Barque

Fourmis sans ombre - Le livre du haïku - Maurice Coyaud - Phébus Libretto - 1991