commentvaladouleur

"A nouveau, le petit peuple parallèle s'approcha timidement pour l'encourager. Comme ils étaient mignons, ces petits monstres, on pouvoir avoir confiance en eux. Ils se mirent en quatre pour l'aider à pousser la porte de la cuisine. Le carrelage était glacé, chaque carreau un territoire à conquérir. L'effort produit faisait jaillir de ses narines et de sa bouche un souffle puissant qui dispersait devant elle des troupeaux de moutons gris et provoquait des envols de miettes comme au passage d'un éléphant dans la brousse. Anaïs fit halte devant le placard sous l'évier, là où les gens normaux rangent les produits d'entretien et les alcooliques leurs bouteilles. La dernière de Negrita y était, bien sûr, mais où ?".

Voilà le genre de phrase qui m'a fait refermer ce roman avec une jubilation certaine.  Après cette première lecture de Pascal Garnier, je suis totalement embarquée dans son univers.

Bernard, grand crétin innocent, est le fils d'Anaïs, personnage haut en couleurs qui végète depuis bien des années à Vals les Bains. Simon, tout aussi usé par la vie, est un tueur à gages au bout du rouleau, prêt à vendre sa petite affaire. Après une énième dispute, Fionna et sa fille Violette se retrouve seules sur l'autoroute. La destinée de tous ces cabossés de la vie va se trouver entremêlée pour notre plus grand plaisir.

Je suis entrée très facilement dans cette histoire improbable et j'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteur parle du quotidien de la vie, en le pimentant tout de même d'aventures beaucoup moins ordinaires. On ne croise pas tous les jours la route d'un tueur à gages ! Et il y a une tendresse énorme pour tous les personnages dans ce récit.

Arrivée à la fin, j'ai éprouvé le besoin de relire les deux premiers chapitres pour bien saisir ce qui s'est joué entre Bernard et Simon, celles et ceux qui l'ont lu me comprendront.

"Simon ouvrit un oeil et le referma aussitôt, agressé par l'éclat du soleil qui barbouillait le pare-brise de couleurs violentes. On aurait dit de l'art forain. Il arrive un âge où le sommeil est un luxe rare, on le quitte toujours à regret. Ni rêve, ni cauchemar, il n'avait fait aucun songe, ce qui lui semblait être l'état de grâce par excellence, comme de n'avoir jamais existé. A présent, il lui fallait réintégrer cette malheureuse enveloppe faite de peau molle recouvrant des muscles fatigués collés à une ossature grinçante, remettre en marche un minimum de pensées, de fonctions, qui lui paraissaient à cet instant précis absolument dénuées d'intérêt".

J'entends çà et là que c'est le meilleur roman de Pascal Garnier, j'espère pourtant bien que les suivants vont me réserver aussi de belles surprises.

L'avis de Anne Cathe Cuné Katell Kathel Papillon Valdebaz et sans doute beaucoup d'autres. N'hésitez pas à me signaler vos billets.

Pascal Garnier - Comment va la douleur - Zulma - 2006