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"Je ne sais pas quand ils ont commencé. Je les vois tous les jours depuis plus d'un an assis dans le même café, à la même heure. Ils ne commandent pas, la serveuse vient et pose les deux verres sur des petites serviettes blanches en papier, une assiette avec des olives, ensuite elle porte la bouteille de whisky jusqu'à la table pour les servir".

Corinne et Paul se retrouvent rituellement tous les soirs au café. Ils sont libraires tous les deux et échangent sur leurs lectures respectives, c'est tout. Corinne se satisfait de cette rencontre quotidienne, Paul sans doute un peu moins. Et un beau jour il disparaît, laissant Corinne complètement désemparée. Un an plus tard, en allant voir une exposition de photos de cadavres, elle croit reconnaître Paul .. Elle se rend compte qu'elle ne peut plus vivre sans savoir ce qui lui est arrivé.

"Elle avait compris que sa vie n'aurait jamais aucun sens si Paul restait mort".

Elle part à sa recherche et va faire quelques rencontres un peu farfelues, mais ô combien sympathiques, l'oncle "russe" de Paul, Paul Auster et sa femme, un new-yorkais accueillant, une vieille anglaise ..

J'ai beaucoup aimé ce petit livre en demi-teinte, délicat, léger, qui dit beaucoup de choses sans en avoir l'air sur l'amour, le lien, la vie, la solitude. Corinne confond les livres et la vie, il faut la disparition de Paul pour qu'elle comprenne qu'elle ne vivait pas et qu'elle aimait cet homme.

"Une légèreté finalement qui prenait place au fur et à mesure comme de l'espoir. Pourtant c'était une chose à laquelle elle avait renoncé à une époque, avoir de l'espoir lui semblait indécent à son niveau, l'espoir c'était réservé à des gens très pauvres, avec de vraies misères quotidiennes. Quand on était comme elle, avec un salaire au dessus de 2 500 € et une santé qui va, même si on avait des carences affectives on n'espérait rien. Si çà s'arrangeait un jour, tant mieux. Sinon on apprivoisait la solitude, on parlait avec quelques amis et des commerçants du quartier, on lisait des livres et on buvait du whisky pour avoir chaud dedans. C'était tout".

L'écriture est fluide, très agréable. Seul petit bémol, j'ai trouvé la fin un peu trop vague, mais pas au point de gâcher le plaisir que j'ai pris à la lecture de ce texte. 

Un grand merci à Sylvie qui m'a permis cette jolie découverte. "La libraire" va continuer son voyage ..

L'avis de Keisha Liliba Mary Dollinger

Sophie Poirier a un blog ici

Sophie Poirier - La libraire a aimé - Ana Editions - 2008