Le_pays_sans_adultes

J'ai onze ans, et je vis dans une famille complètement tordue. Heureusement qu'il y a mon frère Maxence. Lui, c'est mon manuel de savoir-survivre. Le soir, on ferme nos oreilles à double tour, pour ne plus entendre les cris de nos parents qui se disputent. Croyez-moi sur parole, la vie, c'est pas pour les enfants.

Maxence a préféré partir au Pays sans Adultes. Moi, j'ai voulu le rejoindre, mais je me suis trompé de chemin. Avec mes nouveaux amis, Valentine et Hugo, on a beaucoup discuté et on s'est fait une promesse : quand on sera grands, on prendra tous les enfants malheureux dans nos filets, et on ne les relâchera que quand ils sauront vraiment nager. Promis, juré. (4e de couverture)

Je voudrais commencer par évoquer la beauté de l'écriture, elle coule toute seule, c'est limpide, très imagé, poétique, c'est elle qui rend supportable une histoire qui ne l'est pas.

Slimane est un petit garçon qui porte un regard lucide et désespéré sur le piège dans lequel il est, sur la laideur du monde qui l'entoure et sur celle des adultes. Il est rempli d'amour et d'admiration pour son frère Maxence, qui représente tout pour lui et l'entraîne ailleurs en imagination quand çà chauffe trop à la maison.

C'est difficile pendant la lecture de perdre de vue que le quotidien de ce petit garçon est celui de trop d'enfants, un père alcoolique, une mère passive, le silence autour de la cellule familiale. Les deux frères portent un fardeau beaucoup trop lourd pour eux, Maxence lâchera prise, c'est un des moments les plus douloureux du livre et il y en a plusieurs, l'impression d'un gâchis terrible.

Dans la deuxième partie du récit, l'arrivée de Valentine et d'Hugo amène un peu de chaleur dans la vie de Slimane. J'ai beaucoup aimé aussi la relation qu'il instaure avec Marguerite, la vieille dame acariâtre. La hantise de Slimane de devenir comme "le démon" est touchante, comme sa peur de ne plus avoir de coeur alors que nous voyons bien qu'il en a un énorme.

Bien sûr la narration fait penser à Emile Ajar, toutes proportions gardées, j'ai quand même été gênée plusieurs fois par des réflexions qui sont davantage celles d'un adulte que d'un enfant, mais çà n'enlève rien à l'intense émotion qui se dégage de ce livre. J'avais du mal à le lâcher, ce qui est toujours bon signe.

Extrait : - mais il nous aime même pas un tout petit peu, le Démon ?
- Non, il se sert juste de nous pour passer ses nerfs
- Mais il nous aimera jamais ?
- Non. Jamais.

C'est comme si je recevais un coup de griffe dans le coeur. Un petit coup de griffe, pas très douloureux, juste une égratignure.

- Et maman, elle nous aime ?
- Oui, mais elle est complètement paumée.
- Tu crois qu'elle a perdu son chemin ?
- C'est çà, elle a pris la mauvaise route, elle aurait dû revenir sur ses pas il y a longtemps.
- Pourquoi elle l'a pas fait ?

- Les adultes, c'est comme çà qu'ils vivent. Ils font des erreurs, et après, ils ont plus la force de tout recommencer.

Je ne serais pas allée spontanément vers ce roman, je remercie Chez les Filles et les Editions Carrière de me l'avoir envoyé.

Les avis de Cathulu Brize Saxaoul

Le Pays sans Adultes - Ondine Khayat - Editions Carrière - 2008